Les enfants sont-ils vraiment la priorité de notre système éducatif ?

La FEEP a mis en branle un chantier fort intéressant sur l’École de demain. Des acteurs du milieu de l’enseignement privé du Québec se sont donné le mandat de produire une série de pistes d’action d’ici juin 2014. Cette réflexion touche tous les aspects de l’école : les élèves, les enseignants, les gestionnaires et l’organisation scolaire. Au terme de quelques rencontres et devant quelques réserves soulevées lors des premières discussions avec différents intervenants, je me demande aujourd’hui si notre système scolaire est bien au service des élèves ?

La mission de l’école

Mais quelle est donc la mission de l’école ?   Au Québec, le programme de formation définit cette mission dans ces mots :

[…] Dans l’énoncé de politique ministériel, la mission de l’école s’articule autour de trois axes : instruire, socialiser et qualifier. [… l’élève…].

PFEQ – p. 3

Est-ce qu’il va de soi que l’élève doit être au centre non seulement du système éducatif, mais au centre de l’institution elle-même ?  Est-ce que les décisions politiques et administratives sont réellement prises d’abord en fonction du meilleur intérêt de l’élève ? Quelques éléments me portent à croire que notre système éducatif repose sur d’autres bases et voici, sans tomber dans la démagogie, quelques exemples.

 Quelques interrogations

Je souhaite commencer par aborder la délicate question du transport scolaire souvent responsable de l’établissement des horaires des institutions, comme on a pu le voir dernièrement. Mais je souhaite pousser la réflexion un peu plus loin en me demandant à quel moment de la journée les enfants sont le plus susceptibles de réaliser des apprentissages ? Y aurait-il un avantage, à faire commencer les élèves du secondaire plus tard compte tenu de leur passage à l’adolescence ? Quelle serait la durée optimale d’une journée de classe pour des élèves du primaire et du secondaire ? À quel moment les cours de mathématique ou de français doivent-ils être placés pour favoriser le plus les apprentissages ? Est-ce que nous nous basons sur des recherches sur le sujet pour confectionner les horaires des enfants ?

Un autre élément qui me questionne, c’est l’attribution des tâches en fonction de l’ancienneté des enseignants. Est-ce toujours dans le meilleur intérêt des enfants que les enseignants les moins expérimentés enseignent dans les milieux nécessitant parfois des compétences qui ne sont pas nécessairement enseignés lors de la formation initiale, mais qui se développent avec l’expérience. Est-ce que les tâches des enseignants pourraient être rémunérées en fonction de l’expertise qu’elles nécessitent ? Est-ce que l’expertise et l’expérience particulière des enseignants pourraient être mieux valorisées de façon à ce que les ressources soient attribuées de façon à mieux répondre aux besoins des milieux et à la réussite des enfants ?

Les examens de fin d’année sont aussi un exemple intéressant. Est-il encore utile de procéder à des examens de fin d’année dans une approche de développement de compétences ? Est-il dans l’intérêt des élèves de les convier à deux examens par jour pendant 3 jours ? Ne serait-il pas préférable d’échelonner ces examens sur 6 jours ? Si ces examens ne visent pas la certification ou ne mènent pas à une sanction quant à l’acquisition des compétences, pourquoi ont-elles lieu en fin d’année ?

Lors de l’implantation de programme d’un appareil mobile par élève (tablette ou portable) la majorité des institutions vont choisir une approche graduelle. On commence avec les élèves d’un certain niveau. Donc l’ensemble de l’institution se mobilise autour de ce projet visant un niveau. Les enseignants de ce niveau seront formés, avec de la chance une année avant le déploiement auprès des élèves, puis recevront ensuite leurs premiers élèves avec leurs appareils. Une année un peu inconfortable pour tous, enseignants et élèves pour s’adapter à ce nouvel outil et aux possibilités qu’il offre. On dira aux enseignants d’y aller par « petits pas » pour la première année … Pendant cette année, les enseignants du niveau suivant seront sans doute accompagnés afin d’être prêts l’année suivante pour recevoir ces élèves et vivre à leur tour leur première année avec un appareil mobile. Ce modèle en est-il vraiment pensé pour les élèves ? Dans ce modèle, les élèves devront vivre chacune de leurs prochaines années avec des enseignants qui en seront à leur première expérience d’enseignement avec ces appareils. Bref, les enfants devront s’adapter au rythme des « petits pas » des enseignants pendant plusieurs années …  S’agit-il d’une décision prise dans l’intérêt de l’élève ? Est-ce que cet élément a été pris en compte lors de la planification d’un projet de déploiement ?

Pourrions-nous envisager de repenser les vacances d’été ? Est-il dans l’intérêt de l’élève de suspendre ses apprentissages scolaires pendant une si longue période ?  Serait-il envisageable de réduire ces vacances à 4 semaines l’été et de répartir les autres journées de façon à diviser l’année en «semestre» de 2 mois 1/2 entre coupés de 2 semaines de vacances ? Dans quelle mesure une meilleure répartition des «pauses scolaires» aurait un impact sur le travail scolaire et la motivation  ?

L’école par groupe d’âge est-elle encore pertinente ? Bien que l’entrée à la garderie se fasse de plus en plus tôt, le modèle des classes par groupe d’âge est resté encré dans le système éducatif. Ce modèle est-il le plus efficace et celui qui permet à l’élève d’évoluer à son rythme ? Alors que dans certains milieux il est normal de combiner 2 ou 3 niveaux d’enseignement, alors que certaines classes d’accueil ou de francisation regroupent des élèves de tranches d’âges variées, est-ce qu’il existe des raisons pédagogiques à regrouper les enfants de la façon dont on le fait encore maintenant . Serait-il envisageable de former des groupes par degré de compétences des élèves ? Dans un tel modèle, quel serait l’effet sur la motivation des enfants ?

La taille des écoles influence-t-elle l’apprentissage des enfants ? Les polyvalentes ont connu leurs heures de gloire, mais quelle est donc la taille idéale d’une école au primaire ou au secondaire ?  Est-ce qu’une petite école aurait un effet sur le sentiment d’appartenance des élèves ou simplement sur la qualité de l’encadrement ?

Je pourrais terminer en questionnant l’autonomie des écoles et la possibilité de disposer des budgets pour répondre directement aux défis de chaque milieu. Le regroupement par conseil scolaire ou par commission scolaire est-il le plus efficace en terme de services offerts aux enfants ? Serait-il possible d’offrir une structure permettant l’allocation des budgets directement aux écoles puis en leur offrant ensuite la possibilité d’accéder à différentes ressources partagées entre plusieurs institutions par un organisme central ?

Des contraintes ?

Dans tous les exemples cités, il est évident que des contraintes autres que pédagogiques peuvent venir teinter le fonctionnement du système éducatif. Les lois, les décisions ministérielles ainsi que les différentes conventions collectives viennent aussi ajouter des éléments que doivent respecter les institutions scolaires et qui, peut-être parfois, n’ont pas comme prémisse l’intérêt des enfants.

Pour conclure, je crois que l’École de demain doit se fonder sur de nouvelles bases, mais je me questionne à savoir si le système scolaire actuel, incluant l’ensemble des éléments qui le constitue, a la capacité refaire ses fondations en gardant sa structure actuelle.  À très court terme, ces changements risquent de bouleverser l’organisation scolaire.

Directement d’ISTE 2013, Nancy Brousseau m’a fait parvenir cette vidéo.  Voici une école qui choisit la personnalisation des apprentissages comme base de sa mission éducative. Au-delà des uniformes et à son accès gratuite et publique, est-il possible de penser que ce modèle se rapproche de ce qui attend l’école de demain ? Nos institutions pourraient-elles offrir ce genre d’approche à court terme dans la réalité du système actuel ?

L’école n’est pas une usine ou il suffit de modifier quelques éléments de la chaîne de production pour obtenir rapidement de nouveaux résultats … il s’agit parfois d’un véritable paquebot qui ne se manoeuvre pas aussi facilement qu’un voilier, mais qui surtout tire sa force des éléments humains qui le constituent et qui se doit, plus que jamais, de prioriser l’intérêt des enfants et leurs besoins qui ont évolué. C’est notre devoir de conduire nos enfants à bon port, autant pour les intervenants oeuvrant dans le système scolaire que pour ceux qui en déterminent le fonctionnement. Travaillons-nous dans l’intérêt des enfants ?

 

Sébastien Stasse

 

 

 

 

 

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Les enfants sont-ils vraiment la priorité de notre système éducatif ? »

  1. Bravo, Sébastien.

    Tu touches quelque chose de névralgique. On a souvent décrit, mentionné les contraintes systémiques en éducation, mais réalise-t-on vraiment (au niveau sociétal) que cette expression, « contrainte systémique », est fondamentalement un oxymore (contrainte : qui empêche de… et systémique : propre à faire fonctionner un système…) qu’il faudra tôt (préférablement) ou tard avoir le courage de confronter.

    Cela va demander encore plus de leadership, de vision articulée, de courage politique et de créativité. Ces nouvelles balises systémiques devront aller de paire avec un nouveau référentiel pédagogique, de nouvelles finalités explicites et des indicateurs de rendement congruents avec ce modus operandi, voire modus vivendi.

    Ne limitons pas nos enfants à nos apprentissages 😉

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