Quand l’horreur a un visage

Lors des événements de Charlie Hebdo, des discussions avec nos élèves réfugiés syriens m’ont fait prendre conscience de ma méconnaissance profonde de l’horreur que se vit pourtant quotidiennement à Alep. En voyant les manifestations, la mobilisation importante (Je suis Charlie) autour de la mort d’Occidentaux tués au nom de convictions religieuses, certains élèves m’ont spontanément exprimé que lorsqu’ils étaient là-bas, la mort de 10 ou 15 personnes faisait partie du quotidien. Il pouvait s’agir d’amis, de membres de la famille ou de connaissances sans discernement pour l’âge. Mais ce qui m’a le plus ébranlé, a été d’entendre un des enfants me dire que les victimes de Charlie Hebdo avaient été visées pour des gestes posés en lien avec une religion (caricaturer le prophète), alors que pour les morts quotidiens en Syrie dont il avait été témoin, il ne trouvait pas le geste qui justifiait leur mort.

Évidemment tout ça dit avec des mots d’un enfant de 10 ans que je rapporte en terme d’adulte. J’ai pris conscience que ce conflit me concernait aussi, qu’il avait des visages qui y étaient associés, dont ceux des élèves de nos deux classes de francisation et de leurs parents.

Les réfugiés qui arrivent ici au Canada sont les plus chanceux, l’ampleur de la tragédie humanitaire qui se joue là-bas est indescriptible, encore plus que la photo qui circule, qui n’est que la pointe de l’iceberg en terme d’horreur, mais surtout de désespoir des familles qui tentent de fuir l’indescriptible. Les familles réfugiées qui fréquentent notre école ont toutes laissé derrière elles des morts qui n’ont pas de visage pour nous, mais qui hantent leur nouvelle vie ici. Quand des enfants, lors des premières journées à l’école ont le réflexe de courir se mettre à l’abri lorsqu’un avion passe au-dessus de l’école ou quand un enfant redemande de la nourriture pendant le dîner au cas où il n’y en aurait pas le soir venu, on réalise un peu ce qu’ils ont pu vivre.

Ce qui touche vraiment l’occident face aux événements en Syrie, ce sont des visages, des noms ou encore un impact direct du conflit dans notre quotidien. Souhaitons que cette photo contribue à faire cesser les atrocités et que les enfants aient le droit de grandir, peu importe leur religion, et que l’on garantisse leur sécurité et leurs droits.

Sébastien Stasse

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