Anglais intensif "mur à mur"

On peut sans crainte dire que le programme d’anglais intensif est une décision politique annoncée par le premier ministre Charest, dans la même foulée que l’achat des TBI et des portables pour les enseignants. Ce programme ne vise donc pas à répondre à une préoccupation issue d’une vaste consultation du milieu scolaire, mais vise plutôt à mettre de l’avant un programme dont «on» est convaincu qu’il sera bénéfique pour l’ensemble des élèves.

D’entrée de jeu je trouve que ce programme est une très bonne idée. J’aurais aimé que mon garçon bénéficie d’un tel programme et j’adhère aux différentes études qui démontrent que l’apprentissage d’une langue nécessite une pratique régulière et du temps d’enseignement concentré. Là où le bât blesse, c’est quand on essaie de me convaincre que ce programme sera bénéfique pour tous les élèves et quand on impose une solution « mur à mur » qui ne provient pas d’un besoin réel du milieu et qui ne tient surtout pas compte des particularités de certaines écoles.

Session d’information du MELS 

Le MELS a convoqué en début décembre les directions d’établissements scolaires à une session d’information d’une journée sur le programme d’anglais intensif. Les responsables ont pris soin d’amorcer la session en nous faisant part des questions qui demeureraient sans réponse au terme de cette journée : pas d’information sur l’harmonisation pédagogique des programmes, pas d’information sur les mesures de recrutement et pas d’information sur l’application de la mesure auprès des écoles à vocations particulières.  Donc, pas vraiment de place pour discuter du pourquoi de la mesure, mais plutôt une présentation axée sur le «pourquoi pas» de l’anglais intensif. Ma perception de cette journée : le MELS semble avoir hérité de la mise en place d’un programme qu’il doit maintenant réussir à faire passer auprès des gestionnaires scolaires qui eux-mêmes devront faire face à leurs enseignants. Telle une info-pub, une bonne partie de la journée a été consacrée à justifier la présence du programme (témoignages d’élèves, de gestionnaires qui ont mis en place un tel programme et de chercheurs venant rendre compte du bienfait d’un tel programme).  On nous a aussi habillement placés en mode «solution» devant les incidences (nombreuses) de la mise en place d’un tel programme. Malheureusement, plusieurs participants à la session à laquelle j’ai participé n’avaient pas une grande motivation à trouver des solutions à l’implantation d’un programme qui ne répond pas à un besoin de leur milieu.

Anglais intensif pour tous ? 

Comprenons-nous bien, dans un milieu comme le nôtre ou le français est la 2e ou la 3e langue parlée à la maison et où notre défi quotidien est de faire s’exprimer les élèves en français par toutes sortes de mesures créatives, l’annonce de 400 heures de plus d’anglais à un niveau où les élèves devront passer des examens du ministère en français, n’est rien pour aider à contribuer à la réussite de nos élèves. Ces 400 heures de moins seront récupérées parmi le français, les mathématiques, les sciences et l’univers social. Toutes des matières où les élèves ont l’opportunité de s’exprimer en français. La loi 101 interdit pour nos écoles francophones d’évaluer une autre matière que l’anglais dans le cadre de ce cours. Impossible donc de transférer un module de sciences ou d’univers social à l’enseignant d’anglais, ce qui aurait pu être une alternative intéressante pour éviter de diminuer les heures d’enseignement du français. À ce stade-ci, la seule solution sera de réaménager la 5e et 6e année pour s’assurer de couvrir les apprentissages prévus avec 25% de temps d’enseignement en moins.

 Des réactions

Après certains syndicats et enseignants qui ont manifesté des réserves quant au programme d’anglais intensif, la liste risque de s’allonger quand les différents comités en charge de la mise en forme du programme (Suivi du programme, Recrutement des enseignants d’anglais, Sort des titulaires de 6e, Arrimages entre CS anglophones et francophones et Adaptation scolaire) se mettront au travail et jaugerons de la complexité de l’application universelle d’une telle mesure.

 En conclusion

Je reste convaincu qu’un programme d’anglais intensif peut être bénéfique, mais je doute qu’il corresponde aux besoins de l’ensemble des élèves du Québec et qu’il contribue à favoriser la réussite pour tous. Dans un contexte où on demande aux enseignants de différencier leurs approches en fonction de leur clientèle, je crois que le même principe de différenciation pourrait s’appliquer dans le cadre de l’application d’un tel programme.

Sébastien Stasse

P.S. Il est possible de suivre les échanges sur le sujet via Twitter avec le mot-clique #anglaisintensif

 

Mise à jour le 7 mars 2013

La nouvelle ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, a levé le jeudi 7 mars 2013 l’obligation qui était faite aux écoles primaires françaises d’implanter le programme d’anglais intensif en 6e année d’ici l’année scolaire 2015-2016. La décision d’offrir ou non ce programme reviendra aux conseils d’établissement des écoles publiques ou aux conseils d’administration des écoles privées. Reportage de Radio-Canada.

 

Mise à jour 26 avril 2014

« Le nouveau ministre de l’éducation se dit très favorable à « l’idée de rendre disponible » le programme dans toutes les écoles du Québec, et poursuit ainsi l’oeuvre des libéraux amorcée sous le gouvernement Charest. » Article du Devoir.

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