Le modèle de Guskey

Comment évaluer l’impact du développement  professionnel

Un élément qui me semble important suite aux investissements en perfectionnement et en développement professionnels offerts par les directions scolaires touche l’évaluation de ses impacts. Dans mon avant-dernier billet résumant ma conférence de clôture à la rencontre nationale des RECIT, j’ai parlé du modèle de Guskey. Ce dernier a élaboré des niveaux d’évaluation permettant de  mesurer l’impact  de l’accompagnement des enseignants et du perfectionnement professionnel.

Voici donc les grandes lignes, librement traduites,  de ce modèle. Je dois mentionner que j’ai été mis en contact avec ce modèle par le Conseil Scolaire Francophone de Colombie-Britannique avec qui j’ai eu la chance de travailler comme consultant en technologie éducative pendant un an.

 

Niveau 1 – Réaction des participants

Ce niveau s’attarde au niveau de satisfaction des participants en regard à la formation reçue. Cette évaluation touche au contenu, au processus, ou au contexte de la formation. Par exemple : les participants ont-ils aimé la formation ? Le formateur était-il compétent ? La salle était-elle adéquate ?

 

Niveau 2 – L’apprentissage des enseignants

À ce niveau, on cherche à évaluer les nouvelles connaissances et habiletés des participants ou encore les compétences développées lors de la formation.

 

Niveau 3 – Le soutien organisationnel

Il s’agit d’évaluer le soutien de l’organisation face au changement qu’elle veut introduire par le biais de l’activité de perfectionnement ou de développement professionnel dans laquelle elle a engagé son personnel. Il s’agit des ressources mises de l’avant suite à la formation (ressources financières, ressources humaines, temps, etc.) selon les besoins des participants

 

Niveau 4 – L’utilisation par les enseignants des nouvelles connaissances et habiletés

À ce niveau, on souhaite évaluer le degré et la qualité de la mise en oeuvre dans la salle de classe, des nouvelles connaissances et habiletés acquises par les participants. Est-ce que la formation a eu de l’impact au niveau de la planification des cours de l’enseignant? Est-ce que la formation a modifié les pratiques pédagogiques de l’enseignant ?

 

Niveau 5 – Les résultats au niveau des élèves

Ce niveau tente de mesure l’impact de la formation reçu par les participants sur les élèves. Il peut s’agir d’observer les niveaux des résultats d’apprentissage, de la motivation, du comportement ou tout autre élément qui sera jugé pertinent ou sur lequel portait la formation.

 

Pourquoi le modèle de Guskey

Parce qu’il est courant d’offrir de la formation sans en mesurer le réel impact à court ou long terme.

Ma première responsabilité comme direction d’établissement en regard à la formation continue de mes enseignants est de leur fournir les ressources nécessaires pour assurer leur formation. Ma seconde responsabilité me semble donc être de m’assurer que le temps et l’argent ainsi investis donnent des résultats, idéalement et quand c’est approprié, à un niveau qui touche l’élève. Donc, au-delà du fait que les enseignants ont aimé la formation ou le formateur, je m’intéresse beaucoup plus à ce que l’enseignant et éventuellement l’élève en retirera à moyen ou à long terme.

Il reste qu’à la lecture du modèle de Guskey, une grande question m’est apparue :

est-ce que le modèle de formations ponctuelles permet d’amener de réels changements au niveau de l’élève, c’est à dire permet de réels changements dans les pratiques pédagogiques de l’enseignant ? 

Sébastien Stasse

 

Guskey, T. (2001). Evaluating professional development. Thousand Oaks, CA: Corwin Press.

Quand les médias sociaux s'invitent à l'école (suite)

Voici donc les deux derniers éléments présentés lors de la conférence de clôture de la rencontre nationale des RECIT en octobre dernier.  Vous trouverez ici le support visuel qui a servi à appuyer la conférence ainsi que l’enregistrement de la conférence.

3 – Modèle ou technologie à privilégier

La culture technologique n’est pas liée à un type de technologie ou a un modèle d’intégration ou de mobilisation. Elle est liée à l’utilisation d’outils que maîtrisent rapidement les élèves, incluant les médias sociaux.

Cette culture technologique doit aujourd’hui inclure l’utilisation des appareils des élèves et des enseignants, qu’il s’agisse d’ordinateurs ou d’appareils mobiles à l’intérieur de l’école. Il s’agit donc d’éduquer les élèves et les enseignants à l’utilisation de ces technologies et à encadrer l’utilisation de ces appareils. Faut-il privilégier le Mac, le PC, l’iPad, les tablettes, le TBI, le blogue, le microblogue ? S’agit-il d’un modèle d’un élève par ordinateur ou de chariots de portables partagés par plusieurs classes ? À mon avis, l’important est dans l’accompagnement, la formation, l’utilisation quotidienne et dans la pertinence de leur utilisation bien plus que dans le modèle choisi. L’arrivée du « cloud computing » (infonuagique) permet aujourd’hui de travailler en collaboration, via les outils du web 2.0,  de partout dans le monde à partir de n’importe quel type de machine. Ce qu’il faut, c’est utiliser le grand potentiel de ces outils pour supporter la réalisation de situations d’apprentissage. Faire cohabiter plusieurs technologies, utiliser les outils des élèves, encadrer leur utilisation et assurer un accès au réseau de qualité voila à mon avis les autres grands défis de l’école de demain.

4 – La culture de l’établissement

L’administration scolaire se doit d’être créative et doit proposer à l’ensemble de l’équipe-école des modèles d’utilisation de ces nouveaux médias sociaux, particulièrement le web 2.0.

La présence même de l’école sur ces nouveaux médias constitue certainement une indication claire de la direction qu’elle souhaite prendre. Twitter, Facebook, mais aussi les banques de signets, des badges Foursquare, les outils de publication à la WordPress de façon à inclure les parents et la communauté. Rendre le site de l’école interactif, assurer une présence quotidienne en ligne par la participation de plusieurs intervenants à la publication de contenu (direction, secrétaire, comité de parents, enseignants, élèves …).  Bref, utiliser le plus souvent que possible ces technologies dans le fonctionnement même de l’école. La mobilisation de la technologie, l’utilisation des médias sociaux et des outils du web 2.0 sont une affaire de culture d’établissement et non pas simplement l’affaire de quelques enseignants « initiés ».

Conclusion

Voici donc les 4 éléments qui me semblent essentiels pour supporter l’usage des TIC, du Web 2.0 et des médias sociaux à l’école.

    • L’importance de l’engagement de la direction
    • L’accompagnement et la formation répondant aux besoins
    • L’intégration et la mobilisation des outils des apprenants
    • La mobilisation de l’équipe-école autour des TIC

En fin de conférence, j’ai remercié Sonia Sihili, Coordonnatrice du RÉCIT à la direction des ressources didactiques au MELS pour son invitation et sa confiance de même que Marc et Corinne qui ont « mis la table » en présentant leur point de vue d’élève et d’enseignant. J’ai souligné le support d’André Roux, conseiller pédagogique de longue date qui a toujours manifesté beaucoup d’intérêt pour mes projets et ma vision des choses. Finalement, j’ai profité de l’occasion pour remercier les membres du RECIT (autrefois les CEMIS), des conseillers pédagogiques spécialisés en intégration des TIC, qui m’ont fait profiter de leurs ressources à maintes reprises depuis le début de ma carrière d’enseignant.

Voilà les quelques grandes lignes  de la conférence. Je terminerai en disant que l’on demande aux enseignants de prendre un virage 2.0, mais tant que l’école et son administration scolaire ne prendront pas eux aussi ce virage, l’usage des TIC, des médias sociaux et du web 2.0 resteront des pratiques isolées, pour le grand dam de nos enfants.

Sébastien Stasse

 

 

 

 

Quand les médias sociaux s'invitent à l'école

La semaine dernière, j’ai eu le grand privilège d’être invité à clôturer la rencontre nationale des RECIT pour une conférence sur l’utilisation des médias sociaux à l’école.   Je me suis ainsi retrouvé à Duchesnay un beau mercredi midi devant une centaine de conseillers pédagogiques spécialisés en intégration des TIC. Voici donc les grandes lignes de cette conférence de même que le support visuel qui a servi à appuyer mes propos.

Déroulement de la conférence

Dans un premier temps, un ancien élève de notre école (Marc Dikranian) et une de nos enseignantes (Corinne Gilbert)  sont venus présenter tour à tour des usages des médias sociaux et du web 2.o ainsi que l’impact de cet usage pour le développement des compétences et de l’apprentissage.

Dans la seconde partie, j’ai présenté, du point de vue d’une direction d’établissement scolaire, quatre éléments que je crois essentiels à l’utilisation, à l’intégration et à la mobilisation des médias sociaux ainsi que des TIC à l’école. Le mot vision me parait un peu ésotérique dans le monde actuel où tout change si rapidement … mais disons que ma perception s’est construite au long de mes années d’enseignement, mais surtout lors d’accompagnements de directions et d’enseignants dans des projets d’intégration des technologies vécus dans plusieurs  provinces canadiennes à titre de consultant en nouvelles technologies. J’ai la grande chance aujourd’hui de pouvoir mettre en pratique cette vision, comme direction d’établissement scolaire, avec cependant très peu de moyens financiers. Il m’apparait donc difficile de traiter des médias sociaux et du web 2.0 avec un auditoire sans partager ma vision actuelle … de l’école de l’avenir. Voici donc les 4 éléments.

 1- La culture technologique de l’administration scolaire

Cette culture technologique est à mon avis essentielle pour construire l’école de demain et en est même l’une des conditions essentielles. Cette culture englobe l’usage, la mobilisation et l’intégration des TIC incluant l’utilisation des médias sociaux et des outils du web 2.0 par l’ensemble de l’administration scolaire (direction, direction-adjointe, secrétaire, personnel non-enseignant).

L’utilisation des technologies est encore loin d’être une priorité pour la majorité des enseignants, ainsi que pour les directions d’établissement scolaire. Imaginez alors les outils du web 2.0 ou les médias sociaux.  À titre d’exemple, chez nous, bien que j’ai eu un support inconditionnel de la part de ma direction dans tous les projets d’intégration de la technologie tout au long de ces années, la culture de l’utilisation de cette technologie n’était pas présente au sein de l’administration. Le résultat : 15 années où j’ai pu développer des projets innovateurs sans que les enseignants n’en viennent à changer leurs pratiques et sans qu’il n’y ait vraiment de « contamination » au reste de l’équipe. Il y a bien eu un ou deux enseignants qui ont manifesté de l’intérêt et développé des projets extraordinaires, mais il s’agissait toujours d’un intérêt personnel, non pas d’un projet d’école. Un blogue de classe est une chose intéressante, mais une culture de partage en réseau à l’échelle d’un établissement peut certainement s’avérer nettement plus profitable. Tant que la direction d’un établissement scolaire ne sera pas convaincue de l’importance de ces outils et n’y consacrera pas du temps et de l’énergie, on réagira aux médias sociaux plutôt que d’essayer d’en faire la gestion et d’encadrer leur utilisation.

2 – L’accompagnement des enseignants

L’accompagnement en matière de TIC et des nouveaux outils du web 2.0 doit se rapprocher des caractéristiques des médias sociaux. Les enseignants doivent avoir accès à la technologie 24h/24 7 jours/7, c’est le principe même des médias sociaux. Ils doivent  être accompagnés au quotidien, au moment où ils en ont besoin, une autre caractéristique des médias sociaux : l’instantanéité. Ils doivent pouvoir compter sur des serveurs performants hébergés par l’école ou la commission scolaire afin d’éviter que les données « infonuagiques » des élèves se retrouvent sur des serveurs privés. Si les enseignants ne trouvent pas d’outil assez performant sur le réseau interne scolaire, ils iront le chercher à l’extérieur des établissements scolaires.

Le développement professionnel devient donc aujourd’hui essentiel pour simplement suivre la cadence, surtout en matière d’outil du web 2.0 et de réseaux sociaux. Les éléments suivants sont essentiels :

  • Équiper chaque enseignant d’une machine performante est nécessairement la première étape.
  • Offrir ensuite un support presque quotidien qui répond au niveau de l’enseignant.
  • Privilégier l’accompagnement de l’équipe-école pendant une année complète.
  • Éviter de saupoudrer des formations annuelles où tout est à recommencer l’année suivante et où les mêmes enseignants se représentent souvent avec les mêmes questions.
  • Propulser les champions, supporter les débutants et différencier les formations.
  • Inclure les directions et le personnel ressource lors des formations à caractère TIC.

Songez-y,  quelles formations données aux enseignants ont eu un réel impact sur les élèves ? À ce sujet, j’ai glissé un mot sur le modèle de Guskey (une autre idée de billet de blogue à venir).

Je me propose de vous faire part des 2 autres éléments dans mon prochain billet. En attendant, vous trouverez ici le support visuel qui a servi à appuyer la conférence. La vidéo devrait être disponible sous peu.

Sébastien Stasse