Une nouvelle source d'influence : les médias sociaux

Lors de la traditionnelle rencontre de début d’année avec mon équipe d’enseignants, j’ai abordé de phénomène de l’été : le Ice Bucket Challenge (IBC). Ma réflexion se portait sur deux aspects de ce « buzz » intimement lié aux médias sociaux : la maladie au centre du phénomène et la preuve que les technologies bouleversent maintenant tous les domaines. Voici donc en quelques lignes les éléments que j’ai partagés avec eux.

 

La SLA

Une maladie qui tue est une maladie de trop. En ce sens, toutes les collectes de fonds visant la recherche médicale, et donc menant éventuellement à vaincre des maladies, sont louables et méritent notre générosité. Selon notre histoire de vie, nous choisirons une cause plutôt qu’une autre. Quand nous-mêmes, l’un de nos proches, un parent ou un ami devenons victimes d’une certaine maladie, nous choisirons sans doute de soutenir la recherche dans ce domaine. La marche contre les cancers féminins en est un exemple, les 24 heures Tremblant pour les maladies infantiles en est un autre. Inutile de vous dire que nous sommes très souvent sollicités pour toutes sortes de causes, que ce soit à la sortie d’une épicerie, au téléphone ou encore par du porte-à-porte. Là où le Ice Bucket Challenge s’illustre, c’est par l’absence de sollication directe de la « société de la SLA » qui récolte l’argent et, dans la majorité des cas, par l’absence de connaissances des donateurs sur la maladie elle-même. C’est phénoménal qu’une cause puisse ainsi engranger des augmentations de 10 à 20 fois plus importantes qu’à pareille date l’année précédente sans publicité directe. Le cœur de ce succès : les médias sociaux et l’effet d’entraînement.

 

Quelques chiffres :

SLA Sclérose latérale amyotrophique, la maladie neurologique causant le plus de décès au Canada. On estime qu’environ 3000 personnes souffrent de cette maladie au Canada (600 au Québec).

Revenus générés au Québec à la fin août 2014 : 1 000 000 $ comparativement à 25 000 $ l’an passé.

Revenus générés aux États-Unis à la fin août : 70 000 000 $ a comparativement à 2 500 000 $ l’an passé.

Plus de 2 000 000 de vidéos personnelles partagées sur YouTube à ce sujet.

Comme le mentionnaient certains journalistes, ces chiffres sont astronomiques en terme de collecte de fonds! En même temps, certains se questionnent sur l’impact possible de cette générosité sur les collectes de fonds visant la lutte à d’autres maladies touchant un plus grand nombre de personnes. Les gens qui ont donné à la SLA donneront-ils pour d’autres causes? Par exemple, on évaluait l’état du financement de la sorte :

En 2013, la SLA a causé la mort de 6849 personnes aux États-Unis et récolté près de 23 000 000 $ pour la recherche. Ce qui porte le montant de don à 3358,15 $ par victime.

Parallèlement, les maladies du cœur ont causé la mort de 596 577 personnes et récoltées près de 54 000 000 $ en dons. Ce qui équivaut à un ratio de 90,52 $ par victime.

Bien qu’il n’y aura jamais trop d’argent pour vaincre une maladie, ces chiffres font tout de même réfléchir sur la grande disparité entre les maladies qui touchent un plus grand nombre de personnes et les dons pour la recherche.

 

Et l’éducation dans tout ça

Cette mise en contexte permet de belles discussions au niveau éthique avec nos élèves et soulève, quant à moi, quelques réflexions et questions intéressantes à l’ère des médias sociaux.

Une telle campagne n’aurait jamais eu autant de succès sans la partie de partage de vidéo et sans le défi lancé par chaque participant contribuant à alimenter le phénomène par lui-même. La force, nous pourrions plutôt parler d’influence, des médias sociaux est donc la clé de ce succès. Dans quelle mesure cette influence pourra-t-elle se manifester de nouveau dans un contexte aussi mobilisateur? On connait déjà les Neknomination qui consistaient au départ à lancer un défi alcoolisé et à en publier la réalisation sous forme de vidéo sur Facebook. Phénomène qui a conduit à quelques excès, dont 5 morts, et qui nous a fait prendre conscience que la pression sociale s’exerçait même de façon virtuelle.

Dans le phénomène du IBC, nous pouvons constater que le défi lancé a dépassé largement ce qu’on pourrait appeler la cause. On pourrait questionner l’aspect « heure de gloire » du défi qui a malheureusement donné lieu a plusieurs dérapages et qui parfois s’approchait du concours de celui qui en fait le plus que l’autre. Le succès est toutefois indéniable, de nombreuses personnalités se sont prêtées au jeu (même si la liste a été effacée de Wikipedia), amenant un peu plus d’eau au moulin du phénomène.

Que nous dit ce « buzz » et quel est donc l’impact possible de ce phénomène sur les enfants? Quel message leur est envoyé? Que direz-vous à vos élèves qui vous demanderont si vous avez relevé le défi?

À mon avis trois constats que nous devrons aborder et tenir compte dans nos institutions.

  1. les médias sociaux arrivent maintenant clairement à influencer de façon massive ses utilisateurs
  2. la pression sociale est de plus en plus présente sur les médias sociaux, elle prend différente forme et est susceptible d’influencer les jeunes
  3. il est incontournable de sensibiliser nos élèves à ces nouveaux phénomènes et à développer leur jugement critique.

Les rentrées scolaires se suivent, mais ne se ressemblent plus…

Sébastien Stasse

Appareils mobiles et évaluation

L’arrivée récente des appareils mobiles, plus précisément des tablettes électroniques, a pour conséquence de considérablement redéfinir le portrait des parcs informatique dans les établissements d’éducation. Lorsqu’utilisés en salle de classe, dans quelle mesure les appareils mobiles peuvent-ils jouer un rôle pour supporter une démarche d’apprentissage et d’évaluation?. Pour que ces appareils puissent être utilisés à leur plein potentiel par les apprenants, les enseignants doivent pouvoir rendre accessible du contenu au travers d’une plateforme numérique. Quelles sont donc les façons d’intégrer des outils d’évaluation à l’intérieur de dispositifs de formation numérique (DFN) à l’aide des iPad. ?

Dans le cadre d’un travail dirigé d’une maîtrise en éducation, ces questions m’ont mené à réaliser une étude exploratoire visant à valider une démarche de recherche appliquée de type collaborative.  À l’été 2013, en collaboration avec  Micheline-Joanne Durand (professeure agrégée),  les étudiants inscrits au cours de 2e cycle Évaluation et TIC,  ont eu à concevoir une situation de compétence intégrant des outils d’évaluation et pouvant être entièrement réalisée à l’aide d’un appareil mobile (iPad). Par la suite, à l’aide de grilles analytiques, il a été possible d’évaluer la pertinence des situations de compétence et des DFN utilisés.

Nos premiers résultats indiquent que, bien qu’il soit possible d’intégrer des outils d’évaluation à des DFN, cette intégration ne peut actuellement reposer uniquement sur les fonctions inhérentes aux plateformes numériques actuelles, mais nécessite des ressources externes variées (fichiers numériques, applications, services en ligne).

L’ensemble de cette recherche exploratoire et ses résultats  seront présentés dans le cadre de la36e session d’études de l’ADMEE-Canada qui aura lieu à Montréal les 13 et 14 novembre 2014.

Pour le moment, il est possible de consulter en ligne : une présentation de la problématique, la présentation du concept de DFN, de même que la bibliographie associée au travail.

Sébastien Stasse

À propos de la créativité à l'école …

Article paru dans la revue Vision No 76 de l’AQÉSAP.

L’école de mon enfance, il y a plus de trente ans, ne m’a pas beaucoup aidé à m’éveiller ou à développer mon côté artistique. Je dirai même que mes cours d’arts plastiques ont simplement fait en sorte de renforcer l’idée que je n’avais aucun talent artistique. En fait, je n’arrivais tout simplement pas à faire de « beaux » dessins ou encore à démontrer un talent particulier en ce sens. Je n’ai jamais fait de musique à l’école ni d’art dramatique et encore moins de la danse. La culture à la maison a surtout été présente par les livres de la bibliothèque municipale, plus abordables pour notre famille modeste que d’éventuels cours de toutes sortes.

 Les Arts comme levier à la créativité

J’ai découvert un jour que j’avais un petit côté artiste en moi ou a tout le moins un grand côté créatif. Cette prise de conscience a eu lieu lors d’un week-end d’atelier avec l’artiste Seymour Segal. Le titre de l’atelier : « dépasser le bon et le pas bon ». Dès le début, Seymour avait insisté sur le fait que si nous produisions quelque chose de « pas beau » ça n’était pas grave et que si nous produisions quelque chose de beau » ça n’était pas grave non plus »… À partir de ce moment, j’ai surtout réalisé l’immense pouvoir des Arts autant sur l’estime de soi que sur la capacité à innover quand on pouvait laisser libre cours à sa créativité.

 

Et si la créativité était une des clés qui permettait aux gens de s’épanouir?

 

Et si l’école avait la responsabilité, en plus de donner le goût d’apprendre, de permettre aux enfants qui la fréquentent de goûter à différentes façons d’être créatif ou de mettre à profit leurs talents créatifs ou artisitiques ?

 

C’est sur ces deux prémices que depuis mon arrivée en poste comme direction d’un petit établissement d’enseignement, les Arts ont pris une plus grande importance. Pour y arriver, il faut nécessairement pouvoir compter sur des enseignants passionnés, mais surtout qui ont une vision inclusive des Arts permettant à chaque élève d’apporter une contribution à sa mesure. Le résultat : un spectacle de fin d’année où TOUS les élèves, de la maternelle à la 2e secondaire monteront sur la scène pour présenter une performance de groupe sous forme de chant, de musique, de danse ou de théâtre… sans oublier, pour quelques-uns, une exposition virtuelle de leur œuvre préférée. Dans les quelques lignes qui suivront, je vous présentai les différents aspects qui ont rendu possible un tel projet.

 

 Quand les Arts deviennent une priorité

Dans notre milieu, tel que le prévoit le régime pédagogique, les arts plastiques ont été choisis pour être enseignés de la 1re année à la 6e année du primaire par les titulaires de classe. À l’époque, l’art dramatique était aussi enseigné à tous les niveaux. Après avoir sondé les talents artistiques du personnel de l’école, deux des enseignantes avaient une passion et une formation particulière en art dramatique et en musique. Suite à une rencontre, j’ai pu obtenir leur consentement pour leur permettre d’enseigner la musique au 1er cycle du primaire et les arts dramatiques au 2e cycle de façon a ce que les élèves soient en contact avec différentes formes d’art dès le début du primaire.

La particularité de l’école où je travaille, c’est qu’elle dessert surtout la communauté arménienne du grand Montréal. L’arménien fait partie du curriculum de tous les élèves et, en plus de l’enseignement de la langue, les cours d’arménien intègrent la culture et l’histoire de ce pays. Depuis des années, des cours de danse arménienne se donnaient lors de périodes parascolaires à un certain nombre d’élèves, triés sur le volet dans le but de présenter un spectacle de fin d’année avec costumes traditionnels. Mon objectif était donc de trouver un enseignant pour offrir un cours de danse à tous les élèves du 3e cycle du primaire, mais aussi au niveau du secondaire afin de garder vivant cet élément de culture très valorisé par cette communauté. Après de nombreuses recherches, il a été possible de trouver cette perle rare et ainsi d’offrir ce cours à nos élèves. Sous forme de teamteaching, un enseignant et un spécialiste de danse arménienne s’assurent de l’atteinte des compétences du programme de danse par les élèves avec une saveur culturelle arménienne.

 

Finalement, notre classe d’accueil reçoit des élèves en francisation. Il s’agit d’iraquien, de syrien ou d’arménien récemment arrivés au pays et parlant souvent uniquement l’arménien. Ces enfants doivent donc, en plus d’apprendre la langue du pays, s’adapter à une nouvelle réalité, à un nouveau milieu. Afin de leur offrir une façon de s’exprimer tout en intégrant le français, nous avons mis à leur horaire plusieurs périodes d’arts plastiques avec une enseignante spécialiste. Ces périodes deviennent l’occasion pour eux de s’initier à différents médiums et même de présenter des expositions virtuelles comme celle-ci :

http://tinyurl.com/expositionvirtuelle

 

Et aujourd’hui …

Il n’est donc pas rare, dans la cour de récréation, de voir des élèves répéter une chorégraphie de danse ou pratiquer des répliques de théâtre. Les murs de notre école regorgent d’œuvres de nos élèves qui bien souvent se retrouvent aussi sur notre site Web.

 

En plus de permettre à nos élèves de s’initier à une autre forme d’expression, les Arts ajoutent à notre établissement une atmosphère créative qui a définitivement contribué à changer notre culture d’établissement! Et si un jour cette créativité n’est pas présente dans le métier que nos élèves choisiront de faire, je crois qu’ils auront goûté à différentes façons leur permettant d’être créatifs.

 

Sébastien Stasse