À propos des tablettes en éducation

Le iPad mini est parmi nous ! Nous n’avons qu’à bien nous tenir puisque Apple nous propose un autre outil qui devrait révolutionner l’industrie … du moins c’est ce que la compagnie prétend ! Qu’en est-il vraiment de cet appareil, mais aussi de l’arrivée des tablettes en éducation. Voici une réflexion, partagée lors d’échanges entre amis acteurs du milieu de l’éducation.

Le iPad mini

Utilisateur régulier d’un iPad depuis son lancement, je suis passé à une utilisation quotidienne du iPad mini depuis maintenant 2 semaines et je suis tout simplement séduit par cet appareil. Quelques éléments m’enchantent plus particulièrement, dont la possibilité d’écrire (avec les pouces) sans avoir à déposer l’appareil, la légèreté et le caractère minimaliste (la dimension) du produit qui possède pourtant une grande puissance. Le modèle plus gros ne me manque pas, quoique le visionnement de films est une expérience moins « englobante » due à la taille de l’écran, mais la qualité de l’image est époustouflante. J’utilise mon iPad pour la prise de notes lors de réunion et de cours  à l’université, pour toutes mes lectures (journaux, articles et magazines), pour ma veille pédagogique  (Twitter, LinkedIn et Google +), pour mes présentations et conférences et bien entendu pour le divertissement.

Donc, pour ma part, la transition du iPad 2 au iPad mini est presque transparente et je n’ai pas l’intention de revenir en arrière. Il reste à tester la machine avec des applications de création multimédia, et à la mettre à l’épreuve en salle de classe, ce que nous ferons dans notre milieu dans les prochaines semaines auprès de nos élèves de la maternelle à la 2e secondaire.

La tablette en éducation

Le premier projet iPad dans notre établissement date d’il y a 3 ans, à la sortie de la 1re version. Depuis, après un projet 1 iPad par élève au secondaire que nous n’avons pas reconduit cette année, les élèves se partagent une quinzaine de iPad. Chaque enseignant possède le sien et l’ensemble de notre gestion scolaire (absences, entrée de notes, suivi) se fera sur cet outil d’ici la fin de l’année scolaire. L’an prochain, nous souhaitons revenir avec un projet 1 iPad par élève pour une de nos classes au secondaire et le choix du iPad mini s’impose de lui-même, mis à part deux aspects techniques (qualité de la caméra et puissance du CPU) qu’il faudra valider lors de notre expérimentation.
Mais bien au-delà de telle ou telle technologie, les tablettes ont tout simplement révolutionné le monde de l’éducation et l’une de leurs grandes forces est certainement la démocratisation de la conception d’applications ouvrant ainsi le chemin à un univers de possibilités, toutes matières confondues. Jamais depuis que je me suis intéressé aux TIC, il y a maintenant plus de 15 ans, je n’ai vu autant d’intérêt pour les technologies. Plusieurs écoles ont fait le saut, parfois à coup de 1000 machines pour un établissement, se lançant dans l’aventure pourtant remplie d’inconnues. Parfois pour des raisons pédagogiques, parfois pour des raisons de marketing, mais il n’en reste pas moins que les tablettes ont investi les écoles plus rapidement et avec une présence plus importante que ne l’ont été les ordinateurs.

La technologie est donc là, le cartable numérique une réalité avec l’arrivée des tablettes, mais il manque encore bien des éléments pour arriver à un résultat dépassant le simple usage du numérique. Je vous en propose deux.
Le premier écueil, c’est la gestion et l’offre des livres et manuels scolaires en numérique. Un vrai cauchemar où chaque maison d’édition a sa propre plateforme, standard et format. Imaginez quand en plus il faut gérer des codes d’utilisation, une inscription individuelle sur site et assurer l’assistance technique … Alors que le numérique pourrait offrir une expérience qui révolutionnerait le manuel scolaire, on en est encore à des formats de type PDF «permettant l’annotation», mais aux possibilités interactives limitées. On est loin du manuel complètement personnalisable par l’apprenant, enrichi par l’enseignant, permettant la collaboration, mais surtout permettant de tout contenir : références, notes de cours, exercices, évaluations, résultats scolaires et autres. Bref un vrai outil tout-en-un pour chaque matière.

Pas étonnant que certains enseignants et même certaines écoles choisissent de produire leur propre matériel et de s’éloigner des maisons d’édition. Le Collège Sainte-Anne de Lachine prévoit n’acheter aucun livre d’ici 2 ans.
Deuxième écueil : la formation. Je ne comprends pas que l’on s’entête encore à offrir des formations en groupe de 30 ou 40 enseignants de niveaux (matières et compétences TIC) différents et aux attentes différentes ? Alors qu’on demande aux enseignants de différencier leur enseignement, on est encore loin de l’avoir compris en matière de formation continue. Impossible aujourd’hui d’être spécialiste de la tablette dans toutes les matières en éducation. Là ou avant une poignée de logiciels étaient disponibles, la prolifération des applications, rend la veille « générale » presque impossible !  Et puis, est-elle vraiment continue cette formation continue ? Une ou deux rencontres par année et où le reste du temps l’enseignant est laissé à lui-même et où les plus férus et autodidactes s’en tireront le mieux. De ces formations de groupe ponctuelles, qu’est-ce qui finalement atteint vraiment les élèves ? Loin de jeter la pierre aux formateurs, je crois que le système d’accompagnement et de formation doit être repensé et adapté à la réalité d’un corps enseignant qui comprend autant des novices que des experts en TIC  … le fossé numérique est une réalité même en enseignement. À l’ère des Khan academy, des formations en ligne et des classes inversées les gestionnaires sont certainement en mesure de répondre aux besoins des enseignants … encore faut-il en faire une priorité et y allouer les ressources ! En ces temps de coupures et de remise en question des structures, le numérique est loin d’être une priorité.
Bref, ce que j’observe du numérique en éducation depuis 2 ans me fait prendre conscience que le virage est enfin enclenché, que le paquebot du système éducatif (en matière de TIC) commence à tourner. Malheureusement, au-delà de l’outil numérique (tablette, ordinateur, appareil mobile) c’est le système éducatif (financement, pratiques, formations, autonomie des écoles, ressources, etc.) qui arrive, dans plusieurs cas, difficilement à répondre aux besoins autant des enseignants que des élèves.

Dans 5 ans, les iPad seront des reliques … nous en sommes à la 4e génération de iPad après à peine 3 ans ! Le Wi-fi date de 1999 et certaines écoles n’en sont pas encore équipées ou alors inaccessibles … Bref, au-delà de ce que peuvent faire les outils, certains élèves n’y ont tout simplement pas accès, souvent par un manque de vision qui date déjà de quelques années.

Ce qui est le plus inquiétant … c’est qu’on parle de l’école de demain en se référant beaucoup trop à l’école d’aujourd’hui … Plus que jamais il faut pourtant innover en matière d’éducation, plus que jamais il faut se souvenir que les enfants en 1re année d’aujourd’hui évolueront dans 15 ans dans un monde que ne pouvons à peine imaginer … il faut les préparer à s’adapter à l’inconnu, et plus particulièrement en matière de TIC !
Sébastien Stasse

Experts, dompteurs et magiciens …

Il y a des enseignants qui m’ont inspiré lors de mon cheminement scolaire : M. Brousseau et M. St-Germain en sont deux. Mais rarement dans ma carrière je n’avais été autant touché par la vision d’une personnalité marquante de l’Histoire. J’ai vu  le film Hugo Cabret et j’ai fait connaissance avec Georges Méliès, certainement une des rencontres les plus marquantes de ma vie.

Pour ceux qui n’ont pas vu le film, il s’agit définitivement d’un incontournable. Non pas tant pour la romance entourant l’histoire d’Hugo (habillement tissée d’ailleurs), mais bien pour l’hommage à un homme qui a failli passer à l’oubli et qui pourtant est le père du cinéma de divertissement, le père des effets spéciaux, mais surtout un visionnaire créatif : Georges Méliès.

Toute mon admiration envers Méliès touche plus particulièrement son utilisation créative d’une invention révolutionnaire : le cinéma. Il a su mobiliser ses compétences de magicien, bricoleur, producteur, réalisateur, scénariste, décorateur, machiniste et même acteur au sein d’un nouveau média pour faire «naître des rêves» et proposer des films de fiction . Ajoutons à cela les effets spéciaux et les trucages au montage qu’il a souvent découvert par sérendipité ainsi que la création du premier studio de cinéma français. (Wikipédia)

Plus je repense à son oeuvre, et plus je fais le parallèle avec la nouvelle réalité des enseignants face aux technologies informatiques qui se succèdent  à une vitesse incroyable. À l’image de Méliès, nous avons la possibilité en tant qu’enseignant de trouver dans ces nouveaux outils des façons de faire autrement et de permettre à nos élèves d’être créatifs comme jamais il n’en a été possible. L’animation, la vidéo, l’enregistrement audio, la production de livres sont autant de médias susceptibles d’engager les élèves pour leur permettre de « faire du sens » autour de leurs apprentissages, mais surtout d’exploiter leur créativité.

Nous vivons à une époque extraordinaire où les acteurs du système scolaire commencent sérieusement  à remettre en question, comme le disait si bien Merieu, l’architecture même de l’institution scolaire. Le questionnement se porte de plus en plus sur la nature même des contenus enseignés. Imaginez dans quel monde évolueront nos élèves (ou vos enfants)  qui termineront leur 5e secondaire dans 10 ans.  De quelle façon l’école aura-t-elle su les préparer à ce qui les attend, mais dont nous  soupçonnons à peine la nature aujourd’hui. Nos iPad seront certainement des objets de curiosité tout autant que le sont nos vieux Walkman de Sony aujourd’hui. L’école, à l’image de la vision de  Méliès,  n’a pas d’autre choix que d’encourager la créativité afin de développer chez nos élèves des compétences qui les prépareront à faire face de façon imaginative aux défis qui les attendent.

Des experts de la pédagogie et des dompteurs de technologie, voilà peut-être les bases conceptuelles des enseignants d’aujourd’hui parce qu’on sait bien qu’au moins une fois dans notre vie, au-delà des concepts, un magicien passionné nous a donné le goût d’apprendre.

Merci M. Brousseau, merci M. St.-Germain et merci M. Méliès.

Sébastien Stasse

Quand les médias sociaux s'invitent à l'école

La semaine dernière, j’ai eu le grand privilège d’être invité à clôturer la rencontre nationale des RECIT pour une conférence sur l’utilisation des médias sociaux à l’école.   Je me suis ainsi retrouvé à Duchesnay un beau mercredi midi devant une centaine de conseillers pédagogiques spécialisés en intégration des TIC. Voici donc les grandes lignes de cette conférence de même que le support visuel qui a servi à appuyer mes propos.

Déroulement de la conférence

Dans un premier temps, un ancien élève de notre école (Marc Dikranian) et une de nos enseignantes (Corinne Gilbert)  sont venus présenter tour à tour des usages des médias sociaux et du web 2.o ainsi que l’impact de cet usage pour le développement des compétences et de l’apprentissage.

Dans la seconde partie, j’ai présenté, du point de vue d’une direction d’établissement scolaire, quatre éléments que je crois essentiels à l’utilisation, à l’intégration et à la mobilisation des médias sociaux ainsi que des TIC à l’école. Le mot vision me parait un peu ésotérique dans le monde actuel où tout change si rapidement … mais disons que ma perception s’est construite au long de mes années d’enseignement, mais surtout lors d’accompagnements de directions et d’enseignants dans des projets d’intégration des technologies vécus dans plusieurs  provinces canadiennes à titre de consultant en nouvelles technologies. J’ai la grande chance aujourd’hui de pouvoir mettre en pratique cette vision, comme direction d’établissement scolaire, avec cependant très peu de moyens financiers. Il m’apparait donc difficile de traiter des médias sociaux et du web 2.0 avec un auditoire sans partager ma vision actuelle … de l’école de l’avenir. Voici donc les 4 éléments.

 1- La culture technologique de l’administration scolaire

Cette culture technologique est à mon avis essentielle pour construire l’école de demain et en est même l’une des conditions essentielles. Cette culture englobe l’usage, la mobilisation et l’intégration des TIC incluant l’utilisation des médias sociaux et des outils du web 2.0 par l’ensemble de l’administration scolaire (direction, direction-adjointe, secrétaire, personnel non-enseignant).

L’utilisation des technologies est encore loin d’être une priorité pour la majorité des enseignants, ainsi que pour les directions d’établissement scolaire. Imaginez alors les outils du web 2.0 ou les médias sociaux.  À titre d’exemple, chez nous, bien que j’ai eu un support inconditionnel de la part de ma direction dans tous les projets d’intégration de la technologie tout au long de ces années, la culture de l’utilisation de cette technologie n’était pas présente au sein de l’administration. Le résultat : 15 années où j’ai pu développer des projets innovateurs sans que les enseignants n’en viennent à changer leurs pratiques et sans qu’il n’y ait vraiment de « contamination » au reste de l’équipe. Il y a bien eu un ou deux enseignants qui ont manifesté de l’intérêt et développé des projets extraordinaires, mais il s’agissait toujours d’un intérêt personnel, non pas d’un projet d’école. Un blogue de classe est une chose intéressante, mais une culture de partage en réseau à l’échelle d’un établissement peut certainement s’avérer nettement plus profitable. Tant que la direction d’un établissement scolaire ne sera pas convaincue de l’importance de ces outils et n’y consacrera pas du temps et de l’énergie, on réagira aux médias sociaux plutôt que d’essayer d’en faire la gestion et d’encadrer leur utilisation.

2 – L’accompagnement des enseignants

L’accompagnement en matière de TIC et des nouveaux outils du web 2.0 doit se rapprocher des caractéristiques des médias sociaux. Les enseignants doivent avoir accès à la technologie 24h/24 7 jours/7, c’est le principe même des médias sociaux. Ils doivent  être accompagnés au quotidien, au moment où ils en ont besoin, une autre caractéristique des médias sociaux : l’instantanéité. Ils doivent pouvoir compter sur des serveurs performants hébergés par l’école ou la commission scolaire afin d’éviter que les données « infonuagiques » des élèves se retrouvent sur des serveurs privés. Si les enseignants ne trouvent pas d’outil assez performant sur le réseau interne scolaire, ils iront le chercher à l’extérieur des établissements scolaires.

Le développement professionnel devient donc aujourd’hui essentiel pour simplement suivre la cadence, surtout en matière d’outil du web 2.0 et de réseaux sociaux. Les éléments suivants sont essentiels :

  • Équiper chaque enseignant d’une machine performante est nécessairement la première étape.
  • Offrir ensuite un support presque quotidien qui répond au niveau de l’enseignant.
  • Privilégier l’accompagnement de l’équipe-école pendant une année complète.
  • Éviter de saupoudrer des formations annuelles où tout est à recommencer l’année suivante et où les mêmes enseignants se représentent souvent avec les mêmes questions.
  • Propulser les champions, supporter les débutants et différencier les formations.
  • Inclure les directions et le personnel ressource lors des formations à caractère TIC.

Songez-y,  quelles formations données aux enseignants ont eu un réel impact sur les élèves ? À ce sujet, j’ai glissé un mot sur le modèle de Guskey (une autre idée de billet de blogue à venir).

Je me propose de vous faire part des 2 autres éléments dans mon prochain billet. En attendant, vous trouverez ici le support visuel qui a servi à appuyer la conférence. La vidéo devrait être disponible sous peu.

Sébastien Stasse