Le plagiat à l'ère des réseaux sociaux (fin)

Voici la suite de mon premier billet relatant un cas de plagiat de devoirs dans une classe de notre établissement.

En après-midi l’enseignante se présente donc de nouveau à mon bureau en me montrant une lettre qu’elle souhaite envoyer aux parents. Elle me fait part de ses réflexions, en me mentionnant qu’elle voit bien qu’elle ne peut manifestement plus demander aux élèves ce genre de devoir à la maison et qu’elle va plutôt miser sur des devoirs où les élèves devront produire des phrases personnalisées rendant ainsi le plagiat impossible. Elle gardera le cahier d’exercices pour l’école. Reste le problème de la correction, qui risque de s’avérer beaucoup plus longue que la correction de réponses uniques.  Je lui suggère donc de ne corriger qu’une partie des devoirs, aléatoirement. L’idée même de laisser des fautes dans un cahier d’élève l’embête un peu, mais fera peut-être son chemin …

Par contre nous nous entendons sur l’importance d’aborder la notion de plagiat auprès des élèves et des parents et je lui propose de m’occuper de faire des démarches pour trouver une ressource externe (policier ou avocat) capable d’aborder ce sujet avec ses élèves sous peu. L’éducation est pour moi la base même dans la formation à la citoyenneté numérique et l’occasion est très belle d’aborder une fois de plus ce sujet avec les élèves. Par contre, éduquer et faire prendre conscience aux enfants que ça n’est pas acceptable de copier un devoir est une chose, il reste que la technologie pose des limites évidentes quant à la surveillance et au dépistage du plagiat. Malgré tout, nous nous entendons pour retirer le privilège de l’utilisation des appareils à toute la classe pendant quelques jours pour démontrer aux élèves que nous ne laisserons pas passer sous silence ce genre de pratique.

La lettre envoyée aux parents leur fait donc part de la modification des futurs devoirs, de la raison de ce changement et de l’importance de sensibiliser leurs enfants au phénomène du plagiat.

Cet événement aura été l’un des beaux moments vécus depuis mon entrée en fonction comme directeur pour les raisons suivantes :

 

  • D’abord d’être le témoin privilégié de l’impact direct de la technologie sur la pratique d’une enseignante d’expérience.
  • Ensuite, de pouvoir échanger sur le sujet avec elle en questionnant le résultat attendu de la pratique et le résultat obtenu.
  • De la voir se rendre compte qu’il sera difficile d’arriver à garder la même posture pédagogique avec les élèves.
  • D’éviter la démonisation des médias sociaux et des appareils mobiles, mais de profiter de l’incident pour aborder la problématique du plagiat avec les enfants.
  • De l’entendre réfléchir sur sa pratique et de la voir la modifier en fonction de nouveaux paramètres.
  • De la voir, après coup, devoir modifier une autre pratique pour éviter de faire face à une augmentation de sa tâche d’évaluation.
  • De la voir envisager de revoir sa façon d’évaluer.
  • Ce, qui au bout du compte, l’amènera à propose une tâche aux élèves qui donnera sans doute les mêmes résultats, mais que sera plus créative pour l’élève et sans doute plus signifiante.

Mais, le plus important, tout ceci a été possible parce que l’enseignante a accepté de réfléchir à sa pratique. Je lui lève d’ailleurs mon chapeau.

Comme direction d’école, j’aurais pu appliquer le règlement à la lettre, c’est-à-dire sanctionner … la classe (???) pour la copie d’un devoir. Je crois que dans cet épisode précis l’occasion était belle d’aborder le problème d’un angle éducatif plus large que la copie de devoir. Le plagiat restera certainement un problème dans notre société, mais nos élèves seront à tout le moins conscients de l’impact de leurs geste et des mesures auxquelles ils s’exposent. Reste que les choses changent et que certaines pratiques pédagogiques doivent être questionnées pour s’assurer qu’elles donnent bien les résultats escomptés en tenant compte de nouveaux paramètres. Par exemple, qu’en est-il des travaux de recherche demandés aux élèves qui sont très souvent un «copier/coller» des pages de Wikipédia, sans mention de la source. Ou encore un résumé de livre d’un élève que l’on retrouve mot pour mot sur un site de critique littéraire. L’augmentation vertigineuse du contenu disponible en ligne touche toutes les facettes de l’information et les élèves (et les étudiants) ont déjà le réflexe de scruter le Web pour trouver des réponses à leurs questions ou alors une façon de compléter des travaux. Imaginez ce que ça sera dans 3 ans …

 

Sébastien Stasse

L'édition numérique selon Apple

Et bien c’est fait, Apple a dévoilé ce jeudi un nouveau format de livre numérique en ciblant particulièrement le marché éducationnel. Plusieurs réactions se sont déjà fait entendre, ici et . Voici donc quelques-unes de mes réflexions sur ces annonces.

 

Nouveau format.

Depuis l’arrivée des iPad il y a 2 ans, le rêve du cartable numérique devient tout à coup une réalité. Pour utiliser toute la puissance des tablettes, les manuels numériques ne doivent cependant pas être le simple transfert numérique des manuels papiers actuellement disponibles. Comme je le mentionnais dans un récent billet, les manuels numériques doivent évoluer vers d’autres formats que le PDF qui n’offre que très peu d’interactivité de la part de l’utilisateur. Il faut donc pouvoir disposer d’un format numérique permettant l’interaction avec différentes ressources multimédias, mais offrant aussi la possibilité à l’utilisateur d’en bonifier le contenu. Or avant l’annonce d’Apple, l’un des seuls formats permettant une touche d’interactivité était le format ePub. Outre une interactivité limitée, le principal problème de ce format demeurait le manque de latitude quant à la mise en page. Apple propose donc maintenant un nouveau format : le «.iba», un savant mélange de format ePub 3, de plug-in multimédia et de HTML 5 (la prochaine révision majeure du format de données conçu pour représenter les pages web) (Wikipédia)

Production

Apple propose donc un nouveau logiciel gratuit pour produire ces livres nouveaux genres : le iBooks Author. À l’image de la suite iWork, le logiciel est convivial et d’une simplicité désarmante ! Très intuitif, comportant quelques modèles de base, il permet en quelques cliques de mettre en forme un livre multimédia aux allures professionnelles. À l’image de son nom, Apple met entre les mains de tous la possibilité de devenir auteur.

 

Publication

Les règles entourant la publication de ce format (License) se font connaître peu à peu. Apple semble vouloir réserver exclusivement ce format au iPad puisque seule l’application iBooks 2 sera en mesure de lire le format en question. La diffusion gratuite des «livres» pourra se faire sans restriction par un simple site Web où le livre pourra être téléchargé. Pour les versions payantes, il semblerait que la diffusion ne pourra se faire qu’au travers du iBooks Store d’Apple, le même concept que pour les applications vendues sur le AppStore. Apple garde 30% du produit des ventes, ce qui garanti à l’auteur un cachet de loin supérieur à celui offert par la plupart des maisons d’édition.

 

Et après …

L’arrivée d’un nouveau format était évidemment incontournable pour arriver à introduire une plus grande touche d’interactivité dans le monde de l’édition numérique. J’avoue rester un peu sur ma faim quant à l’interactivité proposée qui, entre autres, exclut totalement les réseaux sociaux, le travail collaboratif et l’ajout de contenu multimédia (enregistrement de la voix ou le dépôt d’une image par le « lecteur »). D’autre part, quelques fonctions, dont l’annotation et le soulignement, étaient déjà présentes dans le format ePub.

Bien entendu, on peut critiquer la façon dont Apple souhaite gérer le format, l’exclusivité pour le iPad et la diffusion du contenu payant, mais au-delà de ces aspects, il n’en demeure pas moins que l’idée d’offrir un support à l’industrie de la publication de livres (incluant les manuels scolaires) est très intéressante et audacieuse. Industrie qui, faute de l’expertise ou de moyens financiers, ne serait probablement jamais arrivée à s’entendre sur un format commun.  Il faut d’ailleurs souligner que depuis l’arrivée des tablettes, l’industrie de l’édition scolaire n’a pas semblé comprendre l’énorme potentiel de ces outils.  Outre quelques initiatives créatives, la réponse de cette industrie a été à l’image d’un effet diligence : transférer en format électronique une partie des ouvrages actuels sans en changer la facture ou le concept.  Apple propose donc un «contenant» susceptible de devenir la norme. Trois grandes maisons de publications ont déjà joint les rangs de ce nouveau format, malgré les règles de partage des revenus imposées par Apple.

Outre les maisons d’édition, le logiciel iBooks Author ouvre la porte à tous les auteurs qui souhaitent produire leur propre matériel de façon simple et rapide, gratuite ou payante. On peut donc aisément imaginer qu’un enseignant ou un professeur d’université produise ses notes de cours à l’aide de iBooks Author et les rendent disponibles à la vente sur le iBooks Store sans aucun autre intermédiaire. Apple devient donc éditeur, de quoi ébranler l’industrie du livre, surtout si on regarde l’immense succès commercial du iTunes Store et du App Store.

Finalement, les élèves déjà habitués à produire des documents ePub se réjouiront des possibilités qu’offre maintenant le logiciel pour la création de livres multimédias numériques.

L’avenir nous dira si des maisons d’éditions d’ici se lanceront dans l’aventure … ce qui est encourageant, c’est qu’on dispose maintenant d’un modèle de support intéressant qui rend le cartable numérique encore un peu plus réel !

 

Sébastien Stasse

Quand les médias sociaux s'invitent à l'école (suite)

Voici donc les deux derniers éléments présentés lors de la conférence de clôture de la rencontre nationale des RECIT en octobre dernier.  Vous trouverez ici le support visuel qui a servi à appuyer la conférence ainsi que l’enregistrement de la conférence.

3 – Modèle ou technologie à privilégier

La culture technologique n’est pas liée à un type de technologie ou a un modèle d’intégration ou de mobilisation. Elle est liée à l’utilisation d’outils que maîtrisent rapidement les élèves, incluant les médias sociaux.

Cette culture technologique doit aujourd’hui inclure l’utilisation des appareils des élèves et des enseignants, qu’il s’agisse d’ordinateurs ou d’appareils mobiles à l’intérieur de l’école. Il s’agit donc d’éduquer les élèves et les enseignants à l’utilisation de ces technologies et à encadrer l’utilisation de ces appareils. Faut-il privilégier le Mac, le PC, l’iPad, les tablettes, le TBI, le blogue, le microblogue ? S’agit-il d’un modèle d’un élève par ordinateur ou de chariots de portables partagés par plusieurs classes ? À mon avis, l’important est dans l’accompagnement, la formation, l’utilisation quotidienne et dans la pertinence de leur utilisation bien plus que dans le modèle choisi. L’arrivée du « cloud computing » (infonuagique) permet aujourd’hui de travailler en collaboration, via les outils du web 2.0,  de partout dans le monde à partir de n’importe quel type de machine. Ce qu’il faut, c’est utiliser le grand potentiel de ces outils pour supporter la réalisation de situations d’apprentissage. Faire cohabiter plusieurs technologies, utiliser les outils des élèves, encadrer leur utilisation et assurer un accès au réseau de qualité voila à mon avis les autres grands défis de l’école de demain.

4 – La culture de l’établissement

L’administration scolaire se doit d’être créative et doit proposer à l’ensemble de l’équipe-école des modèles d’utilisation de ces nouveaux médias sociaux, particulièrement le web 2.0.

La présence même de l’école sur ces nouveaux médias constitue certainement une indication claire de la direction qu’elle souhaite prendre. Twitter, Facebook, mais aussi les banques de signets, des badges Foursquare, les outils de publication à la WordPress de façon à inclure les parents et la communauté. Rendre le site de l’école interactif, assurer une présence quotidienne en ligne par la participation de plusieurs intervenants à la publication de contenu (direction, secrétaire, comité de parents, enseignants, élèves …).  Bref, utiliser le plus souvent que possible ces technologies dans le fonctionnement même de l’école. La mobilisation de la technologie, l’utilisation des médias sociaux et des outils du web 2.0 sont une affaire de culture d’établissement et non pas simplement l’affaire de quelques enseignants « initiés ».

Conclusion

Voici donc les 4 éléments qui me semblent essentiels pour supporter l’usage des TIC, du Web 2.0 et des médias sociaux à l’école.

    • L’importance de l’engagement de la direction
    • L’accompagnement et la formation répondant aux besoins
    • L’intégration et la mobilisation des outils des apprenants
    • La mobilisation de l’équipe-école autour des TIC

En fin de conférence, j’ai remercié Sonia Sihili, Coordonnatrice du RÉCIT à la direction des ressources didactiques au MELS pour son invitation et sa confiance de même que Marc et Corinne qui ont « mis la table » en présentant leur point de vue d’élève et d’enseignant. J’ai souligné le support d’André Roux, conseiller pédagogique de longue date qui a toujours manifesté beaucoup d’intérêt pour mes projets et ma vision des choses. Finalement, j’ai profité de l’occasion pour remercier les membres du RECIT (autrefois les CEMIS), des conseillers pédagogiques spécialisés en intégration des TIC, qui m’ont fait profiter de leurs ressources à maintes reprises depuis le début de ma carrière d’enseignant.

Voilà les quelques grandes lignes  de la conférence. Je terminerai en disant que l’on demande aux enseignants de prendre un virage 2.0, mais tant que l’école et son administration scolaire ne prendront pas eux aussi ce virage, l’usage des TIC, des médias sociaux et du web 2.0 resteront des pratiques isolées, pour le grand dam de nos enfants.

Sébastien Stasse