Le paiement par appareil mobile … la solution à (presque) tous les maux ?

Je me permets une petite parenthèse technologique sans lien avec l’éducation.

Trimballer des cartes de fidélité dans un monde numérique est une aberration et c’est pourtant ce qui se trouve dans mon porte-monnaie aujourd’hui. Le pire moment lors d’une expérience d’achat, c’est certainement le paiement et il me semble qu’il y aurait intérêt à rendre cette « torture » la plus courte possible. À l’ère du paiement sans contact, il est grand temps que les commerçants migrent vers un modèle entièrement numérique. Voici mes quelques expériences sur ces tendances.

Idéalement, je souhaiterais ne trimballer que mon téléphone intelligent et ma montre pour l’ensemble de mes transactions d’achats. Cette façon de procéder augmenterait non seulement la rapidité du paiement à la caisse, mais aussi la gestion plus efficace de tous les programmes de fidélisation pour les entreprises. Quand, dans une épicerie, au moment du paiement, je dois dire au caissier non à la carte de fidélisation, non à la promotion de casseroles et non au rabais d’essence … il y a certainement quelque chose qui cloche. Je ne veux pas (d’une autre) carte de fidélisation de ce magasin, la promotion de casseroles avec des timbres (!!!) ne m’intéresse pas et je ne mets jamais d’essence à la station dont on me propose le rabais. Il y a pire me direz-vous … peut-être, mais il y a certainement mieux.

Apple a déjà, depuis plus de 2 ans, rendu possible le paiement par téléphone dans ses magasins. À partir de l’application mobile, on passe la caméra de notre téléphone sur le code-barre du produit en magasin et on peut ensuite payer avec notre compte iTunes lié à notre carte de crédit. Depuis plus de deux mois, je paie mes cafés au Starbuck’s avec ma montre. Mon compte en ligne est tout simplement lié à l’application de ma montre Apple Watch.

Dans ces deux exemples, l’intégration du paiement et de la fidélisation est totale et je dois « gérer » des comptes en ligne plutôt que des cartes. Gérer étant un bien grand mot … on parle de mettre à jour ma carte de crédit pour Apple et recharger mon compte pour Starbuck’s ce que je peux même faire directement de mon téléphone. L’idéal : une seule carte de crédit pour tous les achats et les cartes de fidélité liées par un compte en ligne c’est à mon avis l’avenir du paiement électronique. Au lieu de miser sur des programmes de timbres à coller, il me semble grand temps que les compagnies voient les choses autrement, mais il y évidemment un prix tout cela. Élaborer et maintenir un programme de fidélisation numérique coûte cher, un avantage des grandes chaînes qui peuvent répartir les coûts de ce type d’infrastructure sur l’ensemble des succursales.

Dans un contexte où les entreprises unifieront les données bancaires et les habitudes de consommation, le plus grand défi sera la sécurité de ces bases de données et de nos comptes en ligne. Pour nos téléphones, qui ne serviront dans les faits que de passerelle de paiement, le caractère sécuritaire devra permettre de bloquer l’utilisation de l’appareil par l’authentification de façon biométrique comme le fait le TouchID d’Apple. La lutte de Apple face au FBI n’est donc pas anodine et s’inscrit dans une perspective où les appareils mobiles renferment l’ensemble de nos données personnelles mais aussi financières. L’autre élément concerne les terminaux de paiement. D’une part leur fiabilité, mais aussi les  frais d’utilisation, chargés aux commerçants qui seront inévitablement refilés au consommateur.

Un récent article prédisait la disparition de l’argent liquide comme en Suède… il faut même aller plus loin et constater que d’ici peu le porte-monnaie lui-même disparaitra au profit de nos appareils mobiles ou objets connectés.

Les TIC peuvent-elles encore être vues comme des outils ?

Il y a trois ans je questionnais, lors d’une conférence à Clair, la nouvelle réalité de l’apprentissage à l’heure d’une immortalité imminente ou a tout le moins d’une espérance de vie grandissante supportée par les avancées de la technologie. L’an passé, ma conférence au sommet iPad portait sur l’arrivée massive des technologies connectées portables et de leur impact sur l’enseignement et l’apprentissage.  Le dernier CES 2016 qui s’est déroulé à Las Vegas laisse entrevoir dans un (très proche) avenir la connectivité  d’une multitude d’objets qui  nous entourent. L’omniprésence de cette technologie connectée et la lecture d’une critique du livre de Marc-André Girard, questionnant le rôle des TIC comme outil me portent à me demander si la conception des TIC comme étant un outil ne serait pas, aujourd’hui, un anachronisme.

Pendant de nombreuses années, j’ai en effet perçu la technologie comme un outil permettant de supporter ma démarche pédagogique. Je dois aujourd’hui constater que l’évolution rapide de cette technologie me porte à questionner le terme outil pour qualifier l’usage de cette technologie qui s’infiltre dans l’ensemble des aspects de notre vie, mais surtout d’une technologie qui supporte de plus en plus une partie virtuelle importante de cette vie.

Lors des 20 dernières années, l’intégration des technologies à l’école passait par un ordinateur en venant faciliter, bonifier, ajouter une plus-value à des activités pédagogiques ou à des situations d’apprentissages dans différentes disciplines. Nous parlions alors d’intégration de l’outil informatique à l’enseignement.  Par exemple, le traitement de texte permettait la mise en forme de travaux, le tableur permettait le calcul rapide et la création de graphiques, les logiciels de présentation permettaient l’ajout d’un support visuel à une présentation orale. J’ai toujours préféré la notion de mobilisation des technologies plutôt qu’intégration, mais on comprendra que l’idée était d’introduire une nouvelle dimension numérique à une démarche pédagogique. Ces outils permettaient par exemple de supporter la rédaction de travaux, sans toutefois nécessairement changer la nature du résultat final : le plus souvent, sous forme de document pouvant être imprimé, ayant une réalité tangible en dehors du numérique. À la manière des outils du menuisier, les différents outils technologiques venaient donc supporter une démarche, mais, tout comme la matière de base du menuisier reste le bois, la production finale pouvait demeurer le papier. Dans cet état de fait, on pouvait très bien parler d’outil comme d’un « moyen d’action » sur du contenu.

Le Larousse donne comme l’une des définitions d’un outil : « élément d’une activité qui n’est qu’un moyen » et le moyen comme étant une « manière d’agir, procédé qui permet de parvenir à une fin »

Depuis peu, la prolifération des plateformes numériques créatives et surtout des bases de données et des serveurs font passer les technologies dans une autre dimension puisque l’outil devient aussi le média de la production. En effet, de nos jours, certaines productions pédagogiques ne prendront jamais forme ailleurs que sur un support virtuel, numérique. Une production vidéo, audio, un Popplet, un Tinglink, un Aura ( Aurasma)  en sont quelques exemples. L’outil technologique qui sert à créer ce contenu sert aussi à l’héberger et à diffuser la production. Mais plus près de nous, dans notre quotidien, notre calendrier, nos manuels scolaires numériques, nos photos, les publications sur les médias sociaux, les paiements de comptes, bientôt la gestion de notre maison (éclairage, température, arrosage), la conduite autonome, et bien plus font passer la technologie à quelque chose de beaucoup plus large qu’un procédé. Le téléphone devient un mode de paiement, la montre une clé pour une chambre d’hôtel … le terme outil est-il donc encore le mieux choisi dans ce contexte? Tous ces éléments ont en commun la consultation de base de données sur des serveurs de façon virtuelle, l’utilisation des données en temps réel ou le stockage d’éléments dans le « Big Data ».  Mon ordinateur portable tout autant que les tablettes et appareils mobiles des élèves sont devenus bien plus que des outils et le serveur de notre école beaucoup plus qu’un simple ordinateur … imaginez votre futur réfrigérateur connecté.

Selon Feenberg il faudrait concevoir la technologie non pas comme quelque chose de neutre […], mais plutôt comme quelque chose de socialement construit qui doit être investi démocratiquement parce qu’il change nos vies.

Tiré de : Théorisation d’une pédagogie alternative de la technologie par Patrick Plante

 

La réalité d’aujourd’hui, c’est que la technologie est partout et qu’il faut revoir cette conception d’un outil ayant une fonction d’instrument ou d’accessoire, particulièrement en éducation. L’ère de l’outil technologique à mobiliser de temps en temps est révolue, la technologie, par son omniprésence devient partie intégrante de tout, y compris de l’acte naturel d’apprentissage et d’enseignement.

En conclusion, quand un élément s’intègre ainsi à un ensemble de pratiques, ne faudrait-il pas plutôt en parler comme d’un véhicule ou d’un vecteur puisqu’il permet non seulement de réaliser une tâche, mais d’en supporter le résultat et sa diffusion.  Parler de la technologie en terme d’outil me semble aujourd’hui beaucoup trop réducteur et a pour effet, en éducation, à reléguer son usage à un rôle de soutien plutôt que de voir cette technologie comme une partie intégrante et inhérente à une démarche d’enseignement et d’apprentissage.

Sébastien Stasse

L’arrivée des réfugiés, un « reality check » pour notre système éducatif

Notre petite école privée Alex Manoogian fait beaucoup parler d’elle depuis quelques mois, principalement à cause de la très médiatisée arrivée des réfugiés, clientèle que nous intégrons à la société québécoise depuis de nombreuses années, tout comme plusieurs autres écoles publiques d’ailleurs.

Au-delà de la francisation de ces enfants, la venue d’une aussi imposante clientèle à besoins particuliers s’avèrera un véritable test pour notre système éducatif, principalement dans la grande région de Montréal et voici pourquoi.

Lors d’un échange à l’Assemblée nationale sur l’arrivée de ces enfants réfugiés et des ressources prévues à leur intégration, le ministre Blais a mentionné que le Québec accueillait annuellement plus de 18 000 immigrants et que l’arrivée de ces réfugiés n’allait en fait augmenter le nombre d’enfants que de 6% dans nos écoles. J’apporterais ici deux nuances, issues de notre expérience au cours des 6 dernières années dans l’accueil de cette clientèle :

  • d’une part, le modèle actuel de l’école n’est pas prévu pour faire face à une clientèle aussi importante ayant subi des traumatismes liés à la guerre;
  • d’autre part, le ministre semble oublier que des 18 000 immigrants reçus annuellement tous n’ont pas besoin de mesure de francisation ce qui sera le cas de tous les nouveaux réfugiés syriens.

Une clientèle à besoins particuliers

Inutile de m’étendre sur les problématiques liées au vécu d’une partie des enfants réfugiés et avec lesquelles nous devons composer et surtout assurer un suivi psychologique, orthopédagogique ainsi qu’un accompagnement par des éducateurs spécialisés. Le système scolaire québécois, et mondial en général, a peu d’expertise dans l’accueil d’enfants ayant vécu la guerre civile. Dans un premier temps, il en résulte que les ressources dans nos écoles ne sont, pour le moment, pas nécessairement formées pour accueillir cette clientèle et qu’il faut souhaiter que des formations aient eu lieu pour préparer le milieu à ces cas particuliers.  Notre établissement et notre personnel  sont bien placés pour conclure qu’une partie de ces nouveaux arrivants manifestent, à leur arrivée ou parfois après quelques mois dans un milieu sécuritaire comme l’école,  des comportements qui peuvent s’apparenter à des troubles du déficit de l’attention, mais qui sont en réalité des symptômes liés à des chocs post-traumatiques. La grande différence: l’état de survie continuel de ces enfants et l’anxiété permanente liée à cet état.  Environ le tiers des réfugiés que nous avons reçus lors des derniers mois manifestent ce type de stress.

Il faut donc revoir nos pratiques habituelles d’intervention pour s’adapter à cette réalité. Accompagnement individuel, mesures adaptatives « adaptées » et encadrement personnalisé forcent un milieu éducatif à faire autrement et à réaffecter ses ressources différemment, sans enlever les services offerts aux élèves à besoins particuliers actuels.  Mais notre système éducatif est-il en mesure de faire face à un grand nombre de besoins aussi personnalisés qui dépassent les diagnostics habituels, qui apparaissent parfois quelques mois après l’arrivée des enfants et qui nécessitent une approche unique et ciblée pour chaque élève ?

 

Une intégration en cours d’année scolaire

Il existe deux modèles de classe de francisation dans les systèmes éducatifs. Un modèle d’intégration en classe régulière avec mesure ponctuelle de francisation en sous-groupe, et un modèle de classe intensive de francisation. Non seulement ce dernier modèle est le plus efficace, mais en plus, la présence d’un intervenant parlant la langue d’origine de l’enfant est un élément supplémentaire permettant d’assurer l’intégration rapide au milieu et l’apprentissage de la nouvelle langue. Donc, au-delà de l’intégration de ces enfants dans nos écoles et nos classes, encore faut-il donner les moyens aux enseignants d’être efficaces en francisation, dans des classes à effectif réduit incluant la présence d’un intervenant en classe pour les accompagner.

L’objectif étant que l’enfant passe le moins de temps possible dans ce type de classe, et qu’il soit en mesure de réussir lors de son intégration en classe régulière. Le système actuel est-il prêt à intégrer en classe régulière des enfants de différents âges, donc niveaux,  en cours d’année scolaire ? Sachant que, par expérience, ces enfants peuvent passer entre 4 et 18 mois en classe de francisation, on comprendra qu’il y aura nécessairement des arrivées et des départs en cours d’année scolaire dans ces classes, selon la rapidité d’apprentissage des enfants.

 

Impacts à moyen terme

L’arrivée massive de ces élèves à besoins particuliers forcera donc les écoles et les commissions scolaires à faire différemment, mais surtout à tendre vers un modèle d’une école plus personnalisée qu’elle l’est actuellement. La première année passée à l’école est cruciale pour cette clientèle et teintera certainement le reste du parcours scolaire des enfants. Un dépistage des difficultés et une prise en charge rapide des cas nécessitant des interventions sont donc gages de réussite de l’intégration de ces nouveaux arrivants. Dans deux ans, nous serons en mesure de voir si nous avons pu assurer la réussite de ces enfants. Parce que, faute d’encadrement adéquat, ils seront susceptibles de venir gonfler les rangs des classes d’adaptation scolaire.