Apple Watch, un mois plus tard !

Déjà un mois avec la Apple Watch, voici donc mes observations et commentaires sur ce nouveau produit. Tout d’abord c’est une des rares fois, après le iPod, où j’utilise un produit Apple qui n’a pas de finalité ou d’usage pédagogique en éducation. Contrairement au iPad qui dès le départ laissait présager des possibilités pédagogiques intéressantes, la Apple Watch n’est pas un objet destiné au marché éducationnel. D’ailleurs, le prix et le simple fait qu’elle doit être jumelée à l’iPhone pour exploiter toutes ses fonctions règlent la question pour le moment. Il s’agit donc vraiment d’un gadget électronique portable visant le grand public … prêt à investir plus de 500$ dans un tel objet …

 

Arrivée du paquet

Quelle extraordinaire expérience que l’ouverture de produits Apple! La boîte rectangulaire qui s’ouvre sur un coffret de plastique épuré tout aussi blanc, mais aux formes arrondies dans lequel la montre repose, tel un écrin. L’ouverture de la boîte est déjà une expérience en soi et est de bonne augure pour la suite.

Configuration à la manière Apple : simple, conviviale, efficace et rapide. L’objet est fonctionnel en moins de 5 minutes pour me dire l’heure ! Il me faudra ensuite plusieurs  jours pour aller explorer l’ensemble des fonctions et comprendre l’ensemble du fonctionnement et de la configuration, via le iPhone.  Je dois avouer que c’est la première fois que j’utilise un produit Apple où j’ai du consulter les tutoriels vidéo puisqu’il me manquait, entres autres,  un des gestes permettant la navigation dont le nouveau « Force Touch ». Il y a aussi les diverses façons de consulter les apps : par les notifications (longue ou courte), l’ouverture directe de l’app, mais aussi le « Coups d’œil » (glances) sorte de raccourcis permettant de faire figurer certaines app « chouchou » à notre convenance. Tout ça m’a semblé manquer un peu de convivialité au début, mais surtout de vitesse à l’exécution!

Quelle déception que le fil de recharge … le système est bien pensé, mais le simple câble qu’on colle sur la montre est loin de faire honneur au reste du produit au niveau de l’esthétisme global.  J’ai donc commandé un dock qui évite de faire recharger la montre à l’envers ou encore en position précaire sur le bord de la table de nuit.

Quelques constats

Cet objet n’a rien d’indispensable pour le moment même s’il est vrai que je regarde beaucoup moins mon iPhone au profit de ma Apple Watch depuis un mois.  Par contre la montre ne remplit encore aucune fonction essentielle ou révolutionnant mon usage ou mes besoins actuels en technologie. Je pourrais vivre sans mon Apple Watch sans problème mais, pas sans mon iPhone, mon iPad ou mon MacBook.  Les quelques usages accessibles de ma montre sont semblables à l’usage que je fais de mon iPhone, l’écriture en moins. L’accès devient simplement plus rapide avec le poignet pour consulter des notifications.

La révolution pour moi, c’est définitivement l’omniprésence de Siri qui élimine l’écriture manuscrite sur la montre. Je soupçonne même que l’usage massif de cette fonction, qui permet qu’une dictée vocale se retranscrive en mots, enrichira ses bases de données améliorant ainsi la fonction. La qualité de la traduction est impressionnante si bien que j’utilise de plus en plus cette fonction pour écrire des textes comme celui-ci.

Les notifications doivent être bien ajustées puisque l’appareil peut vibrer à la moindre alerte. Donc chaque notification peut être ressentie et on peut imaginer que si vous recevez plusieurs courriels par jour ou que vous êtes actif sur Twitter votre poignet vous le fera sentir. Mais à ce niveau les réglages permettent vraiment une personnalisation par application reprenant directement les ajustements du iPhone ou pouvant être modifiés pour la montre.

L’appareil en est à ses débuts il manque donc que cruellement d’application exploitant les fonctions inhérentes à l’appareil. Qui plus est, j’ai très hâte de trouver un ami qui a aussi une montre pour envoyer des messages en utilisant la nouvelle fonction de messagerie par dessin.

 

En conclusion

Donc, pour faire suite à mon article publié avant que je ne prenne possession de l’objet, force est d’admettre qu’il reste bien du travail à faire avant que la Apple Watch ne s’impose comme un objet indispensable.  Je parle surtout de lier l’outil à des fonctions utiles ne nécessitant pas une grande interaction sur la montre: débarrer des portes, démarrer l’auto, ouvrir les lumières, payer dans les magasins (non disponible au Canada),  et aussi exploiter plus les fonctions de senseurs actuellement réservés aux app d’Apple.  À mon avis, il manque une caméra, quelques capteurs biométriques, des applications sorties du génie des développeurs (si Apple leur donne l’accès à l’ensemble des fonctions) et évidemment à se libérer de l’esclavage du iPhone, ce qu’on reprochait au iPad à ses débuts. La batterie offre une autonomie raisonnable, dans une perspective ou de toute façon je recharge mon iPhone tous les soirs.

Bref, un objet élégant à apprivoiser, pas encore essentiel, mais au potentiel indéniable. Pour une rare fois,  Apple me laisse sur ma faim avec un objet plus pensé en terme de design que de réelle innovation, pour l’instant.

Bien qu’encore loin de la salle de classe pour y trouver une exploitation pédagogique cet objet fera tout de même son apparition dans vos classes en septembre … au poignet de certains de vos élèves, ou de vos collègues !

Sébastien Stasse

Apple Watch, retrait sur trois prises ou grand chelem ?

Il est très intéressant de lire les commentaires des premiers utilisateurs de l’Apple Watch et surtout de faire un parallèle avec l’arrivée des iPad il y a à peine 5 ans.

À l’époque, les spécialistes avaient conclu que le nouveau concept de Apple n’était pas un ordinateur et qu’il manquait bien des choses à cet appareil. J’avais commis un billet de blogue sur ce sujet « iPad, et si l’on voyait plus loin » en février 2010 pour tenter d’évaluer la portée technologique et l’impact pédagogique de l’outil. Avec plus de 10 versions différentes du produit depuis 5 ans, l’utilité de la tablette n’est aujourd’hui plus un sujet de discussion. Apple avait donc vu juste. De plus, son utilisation dans le milieu de l’éducation a définitivement contribué à donner un second souffle à la mobilisation des technologies en enseignement. Filmer, photographier, créer, partager, la tablette réussie mieux que jamais à mettre la technologie au service de la pédagogie. Pour le grand public, son usage est entré dans les mœurs au point où j’ai même acheté à mon père de 88 ans un iPad Air qu’il utilise sans pourtant n’avoir jamais eu d’intérêt à utiliser d’ordinateur. Les chiffres indiquent maintenant sans surprise que la vente de tablettes dépasse celle des ordinateurs. Mais qu’en sera-t-il pour la Apple Watch?

 

L’Apple Watch d’abord en trois prises…

Dans un premier temps, j’avoue avoir été déçu de l’objet lui-même présenté par Tim Cook lors de la Keynote de septembre 2014. Ça ressemble et ça se porte comme une montre et pour être bien certain que la référence à l’horlogerie soit complète, on a même pris soin d’y inclure une molette reproduisant une montre classique. On est loin d’un nouvel objet, surtout que je ne porte plus de montre (sauf un iPod shuffle à l’occasion) depuis que j’ai mon cellulaire avec moi de façon permanente! Deuxièmement, pour bénéficier de toute la puissante de l’objet il faut minimalement un iPhone 5. La Apple Watch n’est donc, pour le moment, qu’un (autre) périphérique Bluetooth et non un appareil autonome. Troisièmement le prix. Une entrée de gamme à 450 $, surtout en tenant compte qu’on doit déjà avoir un iPhone compatible, la question de l’utilité, au-delà du bijou, devient donc incontournable.

 

Le concept Apple Watch, un autre grand chelem d’Apple?

Au-delà de ce que j’appellerai ces trois premières appréhensions, regardons le concept en lui-même. Ce qui fera la force de cet appareil, ce sont en bonne partie les applications et donc les développeurs, tout comme ç’a été le cas pour le iPhone et le iPad. Deuxième élément important, c’est la capacité de l’appareil à capter différents signes vitaux ou différentes données sur l’utilisateur (déplacement, habitudes, etc.). Il s’agit définitivement de la voie de l’avenir : contribuer au Big Data de façon presque transparente et obtenir des données personnelles instantanées. On peut donc s’attendre a ce que les prochaines versions proposent des capteurs améliorés qui ouvriront peut-être la voie vers des usages intéressants. Troisièmement, un pas de plus dans l’ère connectée où l’ensemble des notifications, des rappels et donc de notre « vie numérique » ne sera plus à portée de téléphone (qu’il faut sortir pour consulter), mais bien à porté de poignet, accessible en un mouvement… pour le meilleur et pour le pire. À mon avis c’est cet élément qui fera le plus grand succès de l’objet et qui a le potentiel de redéfinir notre rapport à notre vie numérique en la rendant encore plus « accessible », comme si c’était possible.

Il va donc de soi que, contrairement au iPhone ou iPad moins discrets, Apple s’assure que ce « wearable » fera la fierté de son utilisateur en le rendant hautement personnalisable. Du jamais vu chez Apple qui devra jongler avec une variété de modèles et de bracelets. Associer un objet connecté à une image de luxe est donc la voie adoptée jusqu’au bout par Apple : entre 450 $ et 15 000 $… pour un périphérique du type montre connectée de première génération!

Une visite au Apple Store pour voir l’objet de plus près m’a convaincu de l’approche d’Apple. En 15 minutes, le vendeur qui m’était attitré n’a jamais mentionné les fonctions de la montre outre le fait que les capteurs devaient être en contact permanent avec la peau. J’ai donc essayé des montres, avec différents bracelets, soupesé le poids, échangé sur mon style (!!!), compris la facilité déconcertante de changer les bracelets et constaté que le modèle en stainless était vraiment beau. En sortant du magasin, j’ai même reçu un courriel des modèles essayés. Pas un mot sur l’utilité de l’objet, mais j’avoue ne pas voir moi-même abordé le sujet avec le vendeur (ou plutôt le conseiller!!!). J’en conclu que quand on est rendu à l’essayer, Apple prend pour acquis qu’on n’a plus besoin d’un pitch de vente sur son utilité.

Un objet au potentiel pédagogique ?

Et la pédagogie dans tout ça? Bien peu pour le moment, puisque la montre semble plutôt d’abord vouée à la notification de messages et à la collecte de données personnelles qui n’ont, à première vue, que peu d’utilité pour l’apprentissage, si ce n’est que d’en faire des graphiques à analyser. Certainement un grand potentiel pour des fonctions possibles d’aide à l’écriture, de dictée vocale ou de traduction à portée de doigt. Reste finalement l’aspect utilitaire de l’objet dans des fonctions de rappel de calendrier, d’échanges et de partages de données.  Mais on comprendra qu’un objet aussi « personnel » limite la possibilité de le partager. Contrairement au iPad, on est donc loin du chariot de montres connectées… du moins pour le moment ! Mais je vous assure que les Apple Watch seront tout de même présentes dans nos écoles dans les prochaines semaines … au poignet de certains élèves et du personnel.

La mienne est commandée … mais pas celle en stainless 😉 … À suivre !

Sébastien Stasse

 

Pas si tricheur que ça …

Un récent article de La Presse « Le prof qui a triché » m’amène à réfléchir sur le malaise entourant la notion d’évaluation au sein de notre système scolaire. L’article illustre assez bien la perception trop répandue de la démarche d’évaluation qui se limiterait à un cumul de notes sans égard à la compétence professionnelle de l’enseignant qui doit porter un jugement et ultimement la sanction.

L’évaluation de l’apprentissage  est un jugement de valeur qui est une appréciation subjective puisqu’il implique nécessairement une décision basée sur l’observation, non pas de faits, mais d’une « manifestation » à un temps donné, des apprentissages.

« Évaluer l’apprentissage consistera toujours à porter un jugement de valeur — personnel et subjectif — sur cet apprentissage en fonction d’un certain nombre de données recueillies en observant ou en mesurant une performance »

Laurier, Tousignant et Morissette, (2005)

Donc un examen ou un test est un outil de mesure qu’il faut manier avec prudence puisque, pour qu’il soit utile pour dresser un portrait représentatif et juste des apprentissages des élèves, encore faut-il s’assurer de sa fidélité et de sa validité (Durand et Chouinard, 2006). On a eu un très bon exemple en juin dernier pour l’examen du MELS en français de 4e année du primaire où il a fallu revoir des questions, suite aux résultats désastreux obtenus par les élèves et traduisant un problème évident de fidélité et de validité. Ajoutez maintenant le niveau de stress, l’état de l’élève, la compréhension des questions… Alors, échouer une évaluation, permet-il vraiment de statuer sans se tromper sur l’apprentissage d’un élève? La réponse est non. Est-ce que les examens finaux amènent vraiment de l’information nouvelle sur le cheminement des élèves? Il ne faut peut-être pas les abolir, mais à tout le moins les prendre pour ce qu’ils sont, des outils parmi un ensemble de traces amassées par l’enseignant en cours d’année.

La réforme ou le renouveau pédagogique n’a malheureusement pas assez mis l’emphase sur l’importance de changer de paradigme en évaluation. Imaginez un apprenti menuisier qui lors du premier trimestre n’arriverait à utiliser sa tour à bois correctement que pour tailler 10 % d’une patte de table. Imaginez maintenant qu’il développe ses compétences et y arrive un peu mieux, à 40 % au second trimestre et qu’en fin d’année sa patte de table soit tout à fait conforme aux attentes à 100 %. Quelle note lui donnerons-nous? La moyenne des 3 étapes? Dans un bulletin chiffré actuel où chaque étape est pondérée, notre élève obtiendrait 70 % pour une patte de table conforme aux attentes… l’exemple illustre bien que ça n’a pas de sens. Un cumul de notes ne peut pas s’appliquer dans un tel cas pour justifier le degré de compétence et de connaissances acquises par l’élève.

Évidemment, on me dira que pour des matières académiques ce n’est pas pareil! Pourtant notre programme par compétence comprend des attentes de fin de cycle très précises. Dans ce contexte, certains élèves devraient obtenir 100 % en fin d’année, peu importe leur cheminement lors des autres étapes s’ils satisfont aux attentes prévues en fin d’année. Le problème c’est que notre programme d’enseignement est basé sur une approche par compétences, mais que le système d’évaluation est resté dans une approche d’évaluation de connaissances. Donc on continue à cumuler des notes, dont on fait la moyenne, dont on donne des pondérations qui diffèrent selon chaque enseignant.

Nous avons la grande chance de travailler avec des humains, au-delà des notes et des calculs mathématiques, le jugement professionnel de l’enseignant doit donc avoir sa place pour tenir compte de certains contextes … parce que oui … nous avons le pouvoir de changer des vies.

Sébastien Stasse

 

Laurier, M.D., Tousignant, R. et Morissette, D. (2005). Les principes de la mesure et de l’évaluation des apprentissages (3e ed). Montréal : Gaëtan Morin.

Durand, M.J., Chouinard, R. (2006). L’évaluation des apprentissages . Montréal : Hurtubise