Citoyenneté numérique

Voici les liens de ma présentation du 24 août 2015 au Collège Regina Assumpta portant sur la citoyenneté numérique.

Diaporama de la présentation

 

 

Vidéo du devin

Procédure de réponse des médias sociaux de la US AirForce

La pyramide de l’apprentissage : légende urbaine

http://www.willatworklearning.com/2006/05/people_remember.html

http://www.danielwillingham.com/daniel-willingham-science-and-education-blog/cone-of-learning-or-cone-of-shame

http://clioweb.canalblog.com/archives/2014/08/13/30404260.html

La vidéo d’Anonymous mentionnée par le père de Rehtaeh Parsons

Charte d’utilisation de l’école Alex Manoogian

 

 

Le plan d’intervention pour aider l’élève, mais jusqu’où …

En 2004, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) en collaboration avec le Groupe de concertation en adaptation scolaire (GCAS) produisaient une série de documents d’appropriation de la démarche du plan d’intervention. Bien qu’à l’époque plus de 90 % des élèves handicapés et 60 % des élèves à risque bénéficiaient d’un tel plan, le MELS présentait alors cette démarche pour accompagner l’ensemble des élèves à besoins particuliers.

 

Le plan d’intervention

Le plan d’intervention, dont un modèle est disponible ici, est en fait une démarche commune de divers intervenants de l’école (directeur, enseignants, éducateurs spécialisés), des parents et de l’élève. Tous s’assoient à la même table pour identifier les forces et les difficultés de l’élève pour ensuite identifier des moyens de l’aider tout en visant au moins un objectif qui pourra être revu par la suite. L’élève, pour qui ce plan est mis en place, participe activement à son élaboration et joue un rôle central dans les moyens qui sont mis en place. Bref, une démarche pour placer l’élève au cœur de sa réussite.

La Loi sur l’instruction publique (LIP) rappelle l’obligation, pour le directeur de l’école, d’établir un plan d’intervention adapté aux besoins de l’élève handicapé ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (art. 96.14). Le cadre de référence pour l’établissement du plan d’intervention, qui contient tous les articles de loi et du régime pédagogique se rapportant au plan d’intervention, illustre bien que l’on ne peut plus faire sans cet outil dans notre système éducatif!

 

Une parenthèse

Ne disposant d’aucune aide financière en lien avec les services d’aide aux élèves à besoins particuliers, il n’est donc pas curieux que les écoles privées ne figurent nulle part dans ce cadre élaboré en 2004. Une omission à mon avis lourde de conséquences puisque l’aide aux élèves à besoin particulier concerne bien l’ensemble du milieu scolaire. Sachez que depuis deux ans (10 ans après la publication du cadre), les établissements privés doivent maintenant fournir au MELS des informations sur les élèves disposant d’un plan d’intervention dans leur établissement.

 

Sur le terrain au primaire

Mon expérience dans l’élaboration et l’application d’un tel plan est extrêmement positive et vaut amplement le temps nécessaire à sa mise en place. Les enfants sont surprenants dans leur capacité à identifier leurs difficultés et les parents impressionnés et rassurés de sentir que ces difficultés sont prises en compte par l’ensemble des intervenants de l’école. Les enseignants, que je côtoie tous les jours dans mon milieu, sont très ouverts à soutenir et à s’impliquer activement dans les moyens à mettre en place pour aider leurs élèves. Bien que ces échanges, basés sur des observations précises, permettent de mettre des mots sur des comportements de l’enfant observés à la maison ou d’interpeller le parent vers une évaluation possible par un spécialiste; ils permettent aussi de comprendre et de conceptualiser des échecs scolaires, mais surtout, et avant tout, d’offrir des moyens à l’enfant de réussir en tenant compte de ses difficultés. Notez que les élèves qui bénéficient d’un plan d’intervention ne sont pas seulement ceux qui ont un diagnostic de trouble d’apprentissage, mais aussi les élèves dont la réussite scolaire nécessite des mesures particulières qui vont au-delà de la flexibilité.

Les moyens sont variés pour aider les élèves : rattraper un retard d’apprentissage avec l’orthopédagogue, disposer d’un aide mémoire, pratiquer une notion à la maison, faire signer un agenda chaque soir, disposer du texte d’une compréhension écrite à l’avance, utiliser un aide numérique qui lira le texte, disposer de plus de temps pour faire un travail, agrandir le texte à lire, porter des coquilles antibruit lors d’une évaluation, etc.… De nombreux autres moyens sont identifiés dans l’excellent document de la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe ou dans ce document de la Commission scolaire des Miles-Îles. Le MELS a lui aussi produit un document, par contre peu étoffé sur les moyens à mettre en place.

Lorsqu’un trouble d’apprentissage est identifié pour l’élève, loin d’être vu simplement comme une béquille, les mesures identifiées doivent permettre à l’enfant de l’outiller, de l’aider à développer des stratégies afin d’arriver à vivre avec ce trouble. À un certain âge, l’idéal est de le responsabiliser face à ses difficultés de façon à ce qu’il puisse lui-même utiliser les outils selon ses besoins.

De nos jours, il ne viendrait à personne l’idée d’interdire le port de lunettes en classe sous prétexte que tous les élèves n’en portent pas. De la même façon, l’identification d’un trouble d’apprentissage chez un enfant doit lui assurer qu’on tiendra compte de cette particularité dans l’ensemble de son cheminement scolaire.

 

Et après?

Le plan d’intervention étant maintenant entré dans les mœurs, le MELS ayant même encouragé sa mise en place sans la présence d’éducateur spécialisé ou de diagnostic, laissez-moi maintenant questionner de ce qu’il adviendra de cet outil dans le parcours de l’élève.

Dès 2004, une présentation du MELS indiquait déjà que « le plan d’intervention était d’une application plus difficile au secondaire ». Il s’avère, de source sûre, que cette difficulté est toujours présente aujourd’hui. Sans toutefois identifier l’ensemble des éléments susceptibles de justifier ces difficultés, il n’en reste pas moins que pendant plusieurs années, sur recommandation du MELS, des enfants auront pu bénéficier de mesures d’aides leur permettant de réussir et que, lors de leur passage au secondaire, ces mesures pourront peut-être ne plus leur être consenties. Pour les enfants disposant d’un diagnostic établi, j’imagine que les chances sont élevées qu’ils puissent continuer à bénéficier des mesures mises en place pour eux. Mais pour les autres, rien n’est aussi certain. Bref, deux questions se posent :

1 — est-ce que le plan d’intervention de l’élève, élaboré pendant ou à la fin de son primaire et incluant des mesures de flexibilité ou d’adaptation, sera pris en compte lors de son passage au secondaire?

2 — est-ce que des mesures seront mises en place pour offrir à cet enfant l’équivalent des mesures identifiées au primaire et susceptibles de l’aider et d’assurer sa réussite scolaire?

Loin de moi l’idée de casser du sucre sur les établissements secondaires (notre établissement offre le primaire et le secondaire), mais les ressources sont-elles aujourd’hui disponibles pour continuer le travail amorcé au primaire? Dans le contexte d’une école secondaire où l’élève côtoie plus de 5 enseignants et où chaque enseignant interagit avec plus de 60 ou de 90 élèves, est-il réaliste de demander à tous les intervenants de tenir compte de ce type de démarche?

 

En conclusion

Le plan d’intervention, comme outil d’aide à la réussite des élèves du primaire, est définitivement un outil qui place l’élève au centre de la démarche. Les éléments identifiés pour aider l’élève font suite à une démarche entre plusieurs intervenants et les moyens mis en place sont donc des éléments jugés essentiels à la réussite de l’élève. Par contre, dans quelle mesure notre système éducatif est-il conçu pour tenir compte de cet outil ou des éléments identifiés et mis en place pour aider l’élève tout au long de son parcours?

Sébastien Stasse

L'orthopédagogie, un "service" essentiel au "service" de l'élève

L’orthopédagogie, c’est un subtil mélange d’aide à l’élève, de support aux enseignants et de collaboration avec les parents. Le saviez-vous ? Moi pas. Voici les grandes lignes de notre nouveau service d’orthopédagogie en place depuis septembre et qui est une réussite à tous les plans, bien au-delà de toutes nos attentes.

 

L’aide aux élèves à besoins particuliers

Notre établissement ne disposait pas de service d’orthopédagogie avant mon arrivée au poste de direction il y a maintenant 3 ans. Nous avions des périodes de récupération où des élèves en groupe de quatre bénéficiaient d’un encadrement particulier sous la supervision d’un enseignant titulaire à l’intérieur de l’horaire régulier. Il s’agissait, pour la plupart du temps de reprendre des notions incomprises, des devoirs incomplets et de terminer des travaux. Je me suis donc questionné à savoir si ce service permettait réellement d’aider les élèves en difficulté.  Suite à plusieurs échanges avec les enseignants, j’en suis venu à la conclusion qu’il s’agissait plus d’un baume qui n’arrivait peut-être pas à identifier réellement les difficultés de l’élève. D’ailleurs, le simple fait que les mêmes élèves se retrouvaient à bénéficier de ce service au fil des semaines et des ans, laissait supposer qu’on ne réglait pas nécessairement le problème à la source.

 

Une première offre de service

Comme je ne connaissais pas vraiment en quoi consistait un service d’orthopédagogie, j’ai laissé l’organisation de ce service à un intervenant s’affichant comme orthopédagogue. Donc, notre service a pris la forme de rencontres individuelles à l’école d’environ 50 minutes par semaine pour quelques élèves ciblés. Ce service a fonctionné pendant 2 ans alternant entre des rencontres à l’école et pour certains par la poursuite des interventions à l’extérieur de notre établissement en pratique privée par le même intervenant. Il faut dire que notre clientèle est très variée et que certains de nos parents, nouveaux arrivants, bénéficient déjà de bourses d’études pour leurs enfants et ne sont donc pas en mesure de défrayer des coûts supplémentaires qui peuvent aller jusqu’à 90$ la séance. Donc, l’école doit souvent absorber le coût de ce service alors que pour d’autres parents, leurs moyens leur permettent de bénéficier d’un service externe. Bien qu’un contact était établi dès le départ avec les parents de la part de l’intervenant, très peu de rétroaction avait lieu avec les enseignants et aucune trace des interventions n’était colligée autrement que par courriel de façon plus ou moins ponctuelle. L’absence de contrat ou d’entente, qui aurait dû être établi au préalable, n’avait évidemment pas contribué à définir clairement l’ensemble du service et surtout à identifier clairement les responsabilités de l’école et de l’intervenant. Le service a pris fin avant la fin de l’année scolaire et c’est à ce moment que j’ai été étonné d’apprendre que l’orthopédagogie n’était  régie par aucun ordre professionnel. En fait, n’importe qui peut s’afficher comme orthopédagogue et livrer le service selon la façon dont il l’entend sans être redevable de ses gestes. En fait, certains orthopédagogues sont membres d’une association, mais celle-ci ne leur demande que de répondre à certains critères sans avoir le pouvoir de sanctionner leurs membres ou même de recevoir des plaintes.

 

Établir un contrat et identifier un cadre de service

Mon expérience m’apprend donc qu’il faut d’abord s’assurer de signer un contrat afin de déterminer les obligations de l’intervenant, de s’assurer de la présence d’un registre des interventions auprès de chaque élève et du cadre dans lequel le service sera offert. Il faut aussi valider la compétence de la personne engagée puisque le seul fait qu’elle soit membre d’une association ne fait foi de rien.  Les références de pratique dans le milieu deviennent donc essentielles bien au-delà d’un CV bien rempli.

En juin dernier, à la recherche d’un nouvel orthopédagogue pour offrir un service d’une journée par semaine dans notre établissement, je suis entré en contact avec la compagnie Math et mots et Carlo Coccaro. Dès la première rencontre, j’ai été interpellé par sa vision et sa passion de l’orthopédagogie qui rejoignaient parfaitement mes nouvelles attentes. Un service individualisé, ciblé, de durée variable en fonction des besoins et de l’âge des l’élèves, la présence d’un registre d’intervention signé par les enseignants et les parents, une collaboration avec les enseignants et un intervenant faisant partie intégrante du personnel de l’école. Une présence régulière et prévue selon un horaire de façon à permettre aux enseignants de s’y référer au besoin.  Et le plus important, un intervenant capable d’inclure les enseignants dans le processus et de gagner leur confiance.

 

L’élève au centre du service

C’est à ce moment que Carlo m’a présenté une extraordinaire orthopédagogue qui non seulement est en mesure d’agir efficacement auprès des enfants, mais qui s’assure que les enseignants pourront réinvestir le travail fait en individuel avec les élèves. Chaque élève bénéficiant du service dispose maintenant d’un carnet d’intervention qui est une source d’informations extraordinaire tant pour les parents que pour les enseignants en plus de donner aux enfants des outils concrets pour vaincre leurs difficultés ou a tout le moins les contourner. Les résultats sont exceptionnels ! La qualité de l’évaluation permet de cibler de façon chirurgicale les difficultés des enfants et d’y apporter très souvent des solutions qui ont des effets immédiats.

Mais là où l’impact est le plus grand, c’est auprès des enseignants qui non seulement sont en mesure de voir les interventions faites par l’orthopédagogue, mais qui « apprennent » des trucs qui leur seront utiles dans leur enseignement. Loin de se sentir menacés, les enseignants invitent l’orthopédagogue régulièrement dans leur classe pour des observations et de la prévention. Un accent est donc mis sur le dépistage afin de s’assurer que les élèves « partent gagnants » et qu’un écart ne se creuse pas dès le 1er cycle.

Les parents, réticents à recourir à ce genre de service au cours des années précédentes, sont enchantés des résultats et des soins pris à aider leur enfant par les traces qu’ils peuvent consulter. Ils sont rassurés. Au final, nous augmenterons le service à deux jours semaine l’an prochain, de façon à encore mieux assurer la réussite de tous nos élèves. Pour nous, la lutte au décrochage scolaire commence au 1er cycle en offrant aux enfants des ressources efficaces pour leur permettre un bon départ. C’est aussi de s’assurer que nos élèves progresseront ensuite selon les attentes tout en leur offrant un encadrement leur permettant d’identifier leurs difficultés en leur donnant les outils pour y faire face. L’orthopédagogie est donc devenue un outil de dépistage, de prévention et d’action.

 

En conclusion 

Le mois passé, une élève de 1re année est venue me présenter son carnet. J’ai été très touché de ses explications et des nombreux « trucs » dont elle disposait maintenant pour décoder les sons. Mais ce qui m’a le plus ému c’est de l’entendre me dire :

… maintenant je suis capable de lire des mots que je n’étais pas capable avant.

Je vois donc, plus que jamais aujourd’hui, l’importance d’un service comme l’orthopédagogie dans une approche collaborative entre l’ensemble des intervenants d’une institution scolaire. Nous disposons aujourd’hui de la connaissance et de l’expertise qui sont en mesure d’aider tous les enfants à réussir … encore faut-il que ces ressources soient  vraiment adaptées aux besoins des enfants.

En terminant, je vous dévoile le nom d’une perle : Caroline Girard, orthopédagogue, qui a su bâtir des liens entre les intervenants et mettre en place ce service dans notre institution.

Sébastien Stasse